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Thick as Thieves
Thick as Thieves
Rip - Article publié le vendredi 6 avril 2007
La saison 1980/81 fut celle d’Ipswich Town, une équipe façonnée et soudée par Bobby Robson qui terrorisa l’Europe entière à coup de scores tapageurs. Retour sur l’épopée.

Un club et un manager allaient marquer les esprits des années 70 à l’ombre de Liverpool et de Bob Paisley : Ipswich Town Football Club et Bobby Robson. L’ancien joueur de Fulham prend les destinées du club au cours de la saison 1968-69. Les deux premières années sont pénibles à vivre et la descente aux Enfers est à chaque fois évitée de justesse, mais à partir de la quatrième saison, il hissera le club tous les ans dans le top six du football anglais jusqu’en 1978. Cette année-là, Town rate complètement son championnat, finissant dix-huitième et échappant de peu à la relégation, mais la saison est sauvée à Wembley : Sous l’impulsion de ses jeunes, Ipswich remporte la FA Cup au dépens d’Arsenal (1-0, but de Roger Osborne). Ipswich Town est devenu une des forces du championnat en s’appuyant essentiellement sur une politique de formation et sur des recrutements précis. Paul Mariner, un jeune centre-avant acheté à Plymouth Argyle pour £ 220.000 et un jeune Ecossais moustachu, John Wark, dépisté à Glasgow mais formé au club, commencent à faire parler la poudre à partir de 1976, et un bon groupe de jeunes se forme.

Bobby Robson se souvient : "Nous avions un excellent petit groupe de joueurs très unis, des joueurs doués techniquement, des professionnels parfaitement intégrés au club avec une attitude exemplaire. Ce groupe était composé d’environ 14-15 joueurs, avec quelques réservistes. Il était très difficile de faire une saison pleine en faisait évoluer toujours les mêmes éléments, jours après jours, matches après matches. Si je devais recommencer, j’élargirai le groupe à 18-19 très bons joueurs, car nous ne pouvions jamais reposer les joueurs clés. Le succès a mit longtemps à venir, mais notre politique de jeunes a finalement payé. Nous avions beaucoup de joueurs formés au club qui étaient arrivés à maturité, (Gates, Butcher, Burley, Osman, McCall, Brazil, Beattie, Wark), nous avons également acheté astucieusement tout au long de mon mandat à Ipswich (Mariner, les deux hollandais Arnold Muhren et Frans Thijssen, Paul Cooper qui était un gardien très sous-estimé que l’on a acheté seulement £23.000) et nous possédions en Mick Mills le capitaine idéal. Cette saison 1980-81, nous avons joué un football qui peut-être ne s’était pas vu en Angleterre depuis des lustres, un football qui a même fait chanter les gens ici à Ipswich ! Et pas seulement un football agréable à regarder, fait de passes et de beaux gestes, mais aussi et surtout un football efficace. J’avais 5 ou 6 joueurs dans l’équipe qui savaient marquer des buts. Nous étions vraiment la meilleure équipe d’Angleterre".

En 1980, les Blues finissent à nouveau troisièmes juste derrière les deux ténors Liverpool et Manchester United. Ipswich retrouve l’Europe pour la huitième fois de son histoire, ce sera encore l’UEFA. La saison 1980-81, la 101e de la first division, démarre en trombe pour Ipswich Town : une remarquable série de 14 matches sans défaite propulse immédiatement le club dans les hautes sphères du football anglais. A l’apogée de cette série exceptionnelle, la démolition d’Everton à Portman Road, 4-0. C’est Alan Brazil qui ouvre le score après douze minutes de jeu : sur un centre au deuxième poteau du virevoltant Eric Gates, le rondouillard Ecossais aux cheveux blonds bouclés place une jolie tête amorcée par un timing parfait au fond des filets de McDonagh. Quelques secondes plus tard, Mariner récupère un long dégagement de Cooper qui atterrit à droite de la surface de réparation. Il temporise et parvient à centrer pour John Wark qui expédie une volée remarquable dans la cage d’Everton pour le 2-0 le plus rapide de l’ouest d’Angleterre. C’est le quatrième but en cinq matches du moustachu et cette saison 1980-81 sera la sienne puisqu’il inscrira un total de 36 buts et finira largement en tête des buteurs du club alors qu’il évolue en tant que milieu de terrain entre Eric Gates et les deux bataves Arnold Muhren et Frans Thijssen. Le système Robson repose sur 4 milieux offensifs complets et increvables. L’intelligence de ses courses, son courage dans les airs et son adresse implacable devant le but feront de Wark un héros de légende à Portman Road. Il est l’emblème de cette saison d’anthologie. En seconde mi-temps sur corner, Muhren dépose le ballon sur le front de Terry Butcher qui transperce McDonagh et Mariner conclut le festival par un quatrième but à la suite d’un une-deux parfait avec Thijssen.

Europe, here we are

Ipswich Town joue son premier match européen de la saison le 17 septembre 1980 contre les Grecs de l’Aris Salonique. Town a déjà joué 35 matches en Europe avec quelques scalps prestigieux à son tableau de chasse comme celui du Real et de la Lazio en 1973, ou encore Feyenoord en 1975. Ce match contre l’Aris sera une vraie boucherie et les Grecs finiront le match miraculeusement...à dix. Gates en particulier se fera constamment découper par les cisailles hellènes et obtiendra la bagatelle de trois pénalties ! John Wark, exécuteur des hautes œuvres, les transformera tous les trois. Wark inscrira quatre buts au total et Mariner en ajoutera un cinquième pour faire bonne mesure. Entre-temps les Grecs réduiront le score sur penalty également, et logiquement Portman Road pense avoir la qualification en poche après cette large victoire 5 à 1.

Lorsqu’il se confie à la presse anglaise après le match, Bobby Robson montre son écoeurement face à la brutalité de l’Aris : "A Salonique je ne pourrai pas contrôler les agissements des Grecs qui savent transformer un match de football en une espèce de guerre, mais je pourrais contrôler notre attitude qui devra être exemplaire et dictée par une discipline de fer. Nous ne répondrons pas aux provocations et à leur tacles à la carotide, nous lutterons avec les armes qui nous sont propres, et si nous parvenons à leur imposer notre football qui est viril mais correct dans la pure tradition britannique, nous devrions passer".

Le 1er Octobre en Grèce, l’enfer promis est au rendez-vous. La veille du match, à l’occasion du traditionnel entraînement sur la pelouse officielle, une centaine de supporters grecs attendent même les joueurs anglais aux portes de l’Harilaou pour les déstabiliser. Ils n’ont pas digéré l’arbitrage du Portugais Antonio Garrido à l’aller et pendant la semaine la presse hellène a copieusement soufflé sur les braises encore vives, mettant en doute l’intégrité du Lusitanien. Dans cette ambiance volcanique, les Anglais se font littéralement engloutir et ils se retrouvent menés 3 à 0 à vingt-cinq minutes de la fin ! Survolté par ses supporters en délire, l’Aris n’est plus qu’à un but de la qualification mais à un quart d’heure de la fin, c’est la délivrance pour Ipswich : Eric Gates ouvre les portes du second tour grâce à un joli tir courbé de l’angle de la surface de réparation. Le score en reste à 3-1 et Ipswich passe. De peu.

Le coup de patte de Panenka

Le 22 octobre 1980, Ipswich accueille le club tchèque des Bohemians de Prague, emmené par Antonin Panenka toujours vert à 33 ans. Le tableau d’affichage reste en berne jusqu’à la mi-temps et c’est à la 48e minute que John Wark dégaine enfin ! Sa frappe aux seize mètres est légèrement détournée par un défenseur et lobe impitoyablement Hruska, le gardien des Bohemians. Sept minutes plus tard, la première gâchette d’Ipswich tousse à nouveau et reprend un tir de Gates que Hruska n’a pu bloquer. A dix minutes du terme, Robson préfère sortir son buteur providentiel légèrement touché et décide de relancer dans le bain Kevin Beattie, une des figures historiques des jeunes du club, le local hero, qui n’a pratiquement plus joué depuis trois ans à cause d’un genou récalcitrant. Beattie est un défenseur central mais Robson décide de le faire évoluer au milieu. Son coup de poker est récompensé quelques minutes plus tard : Town obtient un coup-franc indirect suite à une obstruction sur Gates à vingt mètres face au but et c’est le pied gauche de brute de Beattie qui s’y colle. Il expédie un obus en pleine lucarne qui laisse Hruska sans réaction ! 3-0 score final, l’affaire parait pliée dès le match aller.

Le 5 Novembre à Prague, les conditions atmosphériques sont difficiles, il fait -4 degrés et pour compléter le tableau, Ipswich Town se déplace sans Paul Cooper son gardien titulaire, blessé. C’est Laurie Sivell qui le remplace dans les bois et qui va jouer le premier match européen de sa carrière. Les Bohemians le mettent en condition assez rapidement, deux minutes leur suffisent pour ouvrir le score par Micinec qui se joue de la défense de Town et fusille Sivell de près. Les Bohemians font feu de tout bois, Sivell est à la ramasse sur un corner et c’est la barre puis Beattie sur sa ligne qui sauvent les Anglais de la noyade ! Seule une bonne tête de Wark, facilement stoppée par Hruska est à mettre à l’actif des Bleus en 45 minutes. En seconde mi-temps, les affaires ne s’arrangent pas, elles se compliquent même. Sivell se retrouve encore à la faute, il sèche un Bohemian hors de sa surface et concède un coup-franc dangereux. L’illustre Panenka entre alors en scène et il dépose une banane dont il a le secret dans la cage anglaise, 2-0 pour le club de Prague et Robson, malgré le froid, transpire à grosses gouttes. La défense d’Ipswich Town autour un Kevin Beattie retrouvé résistera finalement aux derniers assauts des Bohemians et le score ne bougera plus. Ipswich passe de peu. Une nouvelle fois.

En Angleterre la course d’Ipswich en League Cup est stoppée net à St Andrews par Birmingham City le 28 Octobre 1980. Le quinzième but de la saison de Wark n’y fait rien, Town est éliminé 2 à 1. Le 8 Novembre Ipswich se déplace au Dell pour affronter Kevin Keegan et Southampton. C’est un match dantesque qui finit par un 3 partout des familles : l’adresse de Gates aux seize mètres n’est plus à prouver (1-0) et la précision du numéro huit à la moustache est devenue la sensation du championnat d’Angleterre (2-0) mais Southampton va revenir. Steve Williams profite d’une bévue de la défense d’Ipswich et de vingt mètres envoie le ballon se ficher dans le filet de Cooper d’un superbe extérieur du droit. En seconde mi-temps, en plein kick’n’rush chez Ipswich Keegan montre sa classe en remisant au sol pour Bowyer, celui-ci dos au but se monte le ballon d’une habile pichenette et déclenche une frappe en pivotant. Il attrape la lunette de Cooper malgré un formidable plongeon du portier des Blues : un but venu d’ailleurs et les "Oh when the Saints" embrasent le Dell. Pourtant Ipswich réplique et Mariner inscrit un but curieux sur corner, un sale but à la Gerd Muller et il redonne l’avantage aux leaders de la première division. Le kick’n’rush reprend ses droits et ça balance dur dans la surface de Town. Sur une belle série de trois têtes dans les six mètres de Cooper et un engagement à faire frémir toutes les surfaces continentales, Moran arrache le trois partout.

En UEFA, au tour suivant, Ipswich qui a retrouvé son gardien titulaire Paul Cooper joue à nouveau le match aller à domicile et se voit proposer le club phare de Pologne, le Widzew Lodz avec ses internationaux Boniek, Zmuda, Mlynarczyk, Smolarek... Bobby Robson, conscient des absences de son équipe à l’extérieur veut une victoire sans bavure. De son côté le coach polonais est confiant et pour cause, son équipe a surpris Manchester United au premier tour puis la Juventus de Turin au second ! Il rend donc visite à Robson le visage fendu d’un sourire et lui demande s’il veut parier de l’argent sur la victoire de son équipe. Bobby Robson poursuit : ""En british pounds ?" je lui demande. "Non, en monnaie polonaise". Je lui dis que je ne joue pas de l’argent polonais et on en reste là. Mais c’était incroyable, c’est l’unique fois dans ma carrière où un adversaire est venu me proposer ce genre de chose. Ils avaient sorti Man U de Dave Sexton au premier tour et ils devaient penser qu’ils nous démoliraient..."

East Anglia : 2 - Eastern Europe : 0

Le 28 Novembre 1980, à Portman Road, le match est à sens unique et au milieu du terrain, les Polonais se perdent dans la nuit d’Ipswich. A la vingtième minute, ils sont pressés à la gorge et laissent filer le ballon pour Gates, qui décale Muhren le long de la ligne de touche. Le Hollandais centre pour la tête chercheuse de Mariner qui dévie pour Brazil, en position d’ailier droit. Les Polonais ont le tournis et Brazil expédie un nouveau centre dans la surface. Cafouillage de la défense polonaise et la sphère revient comme un aimant dans les pieds magnétiques de John Wark qui a bien suivi. Il crucifie Mlynarczyk sans fioriture. Town est sur de bons rails, encore une fois grâce à son dynamiteur écossais. En pleine confiance, Ipswich fait parler son football châtoyant, le ballon circule vite de droite à gauche, une à deux touches de balles, Mariner joue en pivot et Muhren tente sa chance de l’extérieur du pied gauche... la balle s’écrase sur le montant ! Les Polonais, étouffés par les incessantes vagues bleues sont incapables de se dégager proprement et finalement, Lodz va tomber sous la mitraille juste avant la pause. C’est Mlynarczyk qui craque le premier : à la 42’minute, il dévisse son renvoi aux six mètres et dégage directement dans les pieds de Muhren qui glisse prestement à Brazil, démarqué. L’Ecossais fait briller son pied gauche et tire sous la barre du gardien polonais d’une frappe bien enroulée pour le 2-0. Trois minutes plus tard, sur centre de McCall, la reprise de Mariner est contrée et Wark, toujours bien placé, marque imparablement.

Après la pause Ipswich continue de presser et Muhren envoie une perle de centre, de l’extérieur du gauche qui fait briller Mariner : le centre-avant des Blues cueille le cuir avec fermeté au prix d’une détente horizontale et ajoute un splendide quatrième but de la tête. Un but à l’anglaise, un de ceux qui font vibrer dans "Les buts étrangers" d’FR3. Ipswich fait désormais le spectacle et il n’est pas le seul : l’arbitre Robert Wurtz fait aussi des siennes. Il sautille dans tous les sens, fouette l’air de ses petits bras, c’est qu’il passe une belle soirée dans une ambiance de fête l’arbitre alsacien ! Portman Road pousse de toute sa voix mais son équipe est tout simplement brillante. Sur un contre mené par Wark, le jeune O’Callaghan rentré en jeu il y a quelques minutes déborde sur l’aile gauche et centre pour une nouvelle remise de la tête de Mariner. Wark devance Mlynarczyk d’un pointard et signe le 5 à 0 final. Le ticket pour les quarts est dans la poche.

Le 10 Décembre à Lodz, pour le match retour, le thermomètre affiche une température polaire : -14 degrés ! Il va sans dire que le terrain est tout blanc, enneigé, glacé plutôt. Il est impraticable en fait et le représentant de l’UEFA confirme que le match est injouable mais qu’un report conduirait les deux clubs à se retrouver en mars. Du coup, Robson avec ses cinq buts d’avance décide de jouer quand même car mars sera un mois ultra-chargé. Ipswich perd un à zéro une parodie de match, sur un but de Pieta. Pour la première fois Ipswich passe le tour facilement.

En championnat, Liverpool, Birmingham City, Nottingham Forest et Stoke City passent à la moulinette. Contre Stoke, John Wark inscrit son huitième penalty de la saison, mais c’est surtout Alan Brazil qui est étincelant. Il est dans tous les coups et le gardien Fox évite aux Potters de s’en prendre huit ou neuf. Brazil marquera le troisième but sur une remise de volée exceptionnelle de Mariner. Score final un maigre 4-0. Au cinquième tour de la FA Cup, Ipswich à domicile élimine Charlton Athletic 2 à 0 grâce à ses canonniers maison, Wark et Mariner.

Glamour & labour

En quart de finale de la Coupe de l’UEFA, c’est un match de gala qui attend Ipswich Town : l’AS St Etienne de Platini et Rep, futur champion de France et l’un des favoris de l’épreuve. L’ASSE vient de pulvériser Hambourg 6-0 sur l’ensemble des deux matches en plantant cinq de ses buts au Volksparkstadion ! Le 4 Mars 1981, Ipswich Town FC rend donc visite à Geoffroy Guichard et dans le chaudron en ébullition après un petit quart d’heure de jeu, les Verts obtiennent un corner qu’ils jouent en retrait pour Platini qui centre, Johnny Rep saute plus haut que la défense de Town et ouvre le score d’une tête puissante. Un but magnifique face aux Anglais dont la réputation dans les airs n’est plus à prouver depuis les années 40 ! Les hommes de Bobby Robson ne se laissent pas impressionner pour un penny et réagissent très vite. Douze minutes plus tard, Mariner profite d’une hésitation de Castaneda et catapulte le ballon dans les bois verts, lui aussi de la tête à la réception d’un centre en cloche d’Arnold Muhren. Les Stéphanois font le forcing pour rentrer aux vestiaires avec un but d’avance au tableau d’affichage mais la défense d’Ipswich tient bon. A la reprise on joue à peine depuis deux minutes et Geoffroy Guichard va prendre une bonne douche froide. Sur un terrain transformé en véritable champ de patates, Thijssen, Brazil et Mariner jouent en triangle, ce dernier envoie un centre aveugle dans la surface alors que seul Gates s’y trouve. Larios qui n’est pourtant pas dans l’urgence et qui a le temps de contrôler voire de transmettre à Castaneda dégage faiblement de la tête plein axe... Thijssen s’empare du ballon, donne à Gates qui place Muhren en orbite d’une passe en retrait. La frappe des vingt mètres du Hollandais est tendue et le ballon ricoche à l’intérieur du poteau gauche des buts français : Ipswich prend l’avantage, 2 à 1 devant un public qui vient à peine de finir son sandwich. Dix minutes plus tard, Town double son avantage : Castaneda, toujours aussi fébrile, ne peut que repousser une reprise de Butcher dans les pieds de Paul Mariner qui crucifie les Verts. A 3-1, St Etienne est KO debout et c’est évidemment John Wark l’exécuteur qui finit de corriger les Verts, avec un nouveau but de la tête, en dominant aisément Lopez, en apesanteur. Au coup de sifflet final le vestiaire anglais est fier, convaincu d’avoir réussi le match parfait à l’extérieur. Johnny Rep, dans un anglais douteux, apprécie : "Ce que j’ai pensé d’Ipswich ? Ils jouent très intelligemment, beaucoup avec la tête et ils ont deux super hollandais (rires) ! Ils jouent bien au ballon. Toute le team played very well."

Le 18 Octobre au retour en East Anglia en début de seconde mi-temps, Butcher place une tête sur un coup-franc de Thijssen et propulse un boulet de canon dans le but de Castaneda. Zimako égalise à 10 minutes de la fin d’une jolie tronche sur un centre de Rep, mais St Etienne n’y crois plus depuis longtemps, et sur une main de Larios, John Wark convertit le penalty, son 32ème but de la saison ! Mariner vide les Verts à une minute du coup de sifflet final, au milieu d’une défense stéphanoise complètement à la rue. Le constat est sans appel : sur les deux matches St Etienne s’est fait labourer vivant par les Tractor Boys.

Robson se souvient parfaitement de Saint Etienne : "Pour ce quart de finale, je souhaitais à tout prix éviter St Etienne, car ils étaient devenus les favoris de cette Coupe. Ils avaient des joueurs francais fabuleux qui m’avaient impressionnés lorsque j’étais allé les visionner : Platini, Larios, Janvion, Battiston, Rocheteau... Et eux, à chaque fois qu’ils étaient venus nous superviser en championnat nous avions gagné par des scores nets et sans bavure. Finalement je pense que c’est eux qui avaient le plus peur et cela les a perdu. Pourtant, leur stade était plein, 40.000 fans, guichets fermés deux heures avant le coup d’envoi et ils ont même ouvert le score ! Mais nous avons eu le caractère, la détermination nécessaire et nous avons livré probablement l’une des meilleures performances de tous les temps d’un club anglais en Europe, aucun doute là-dessus, car nous avions battu une équipe de classe 4-1. Et 7-2 au total ! Pour obtenir ce type de résultat il fallait avoir une équipe de grand calibre. Nous avons repris l’avion le mercredi soir pour aller défier Forest le samedi, à Nottingham, en sixième tour de FA Cup. Au City Ground nous avons joué d’abord comme dans un rêve : nous marquons 2 buts, et puis c’est le cauchemar nous nous retrouvons menés 3 à 2 ! Heureusement nous parvenons à égaliser. En tout avec le match du samedi précédent à Coventry à Highfield Road où nous avons gagné 4-0, nous inscrivons donc 11 buts en 3 matches à l’extérieur de suite, un match en League, un en Coupe d’Europe et un en Coupe d’Angleterre ! Cela donne la mesure de notre équipe, de la qualité du football que l’on pouvait jouer."

Le replay contre Forest en Cup a lieu le mardi suivant et sourit à la bande à Robson . Muhren marque l’unique but de la partie : d’une volée somptueuse il envoie Peter Shilton aux pâquerettes. Au cours de ce mois de mars, Eric Gates inscrit aussi à Pat Jennings et Tottenham le centième but de la saison de son club, en 49 matches officiels.

Coups de tête

Le FC Cologne est l’adversaire en demi-finale de l’UEFA d’un Ipswich en plein tumulte. Entre le match de Saint Etienne et celui de Cologne, Ipswich joue quatre matches de championnat en quatorze jours et en perd trois : Manchester United (1-2, Old Trafford), Leeds United (0-3, Elland Road) et West Bromwich Albion (1-3, The Hawthorns). Il est clair que les organismes commencent à se fatiguer et les joueurs à accumuler les petites blessures.

Le mercredi 8 Avril 1981, Town affronte donc les redoutables Allemands du FC Koln, en allemand dans le texte, avec ses vedettes Pierre Littbarski, Dieter Muller, le suisse Botteron et l’ancien attaquant de Notthingham Forest, Tony Woodcock. Les Allemands qui savent que Town est impérial à domicile et que c’est une bataille d’Angleterre qui les attend est clairement venu pour le 0-0 et la défense teutonne résiste vaillamment au bombardement anglais. Les Blues se créent une ribambelle d’occasions mais Wark, Thijssen et Brazil manquent l’ouverture du score. Ipswich poursuit patiemment son travail de sape, se déploie, rôde autour de la surface de Cologne et une série de huit passes décale finalement Mick Mills. Le capitaine anglais centre... et dans le ciel de Portman Road le ballon croise la tête dévastatrice du pistolero John Wark suspendu dans les airs qui inscrit un but superbe en extension. Harald Schumacher est battu à la demi-heure de jeu. Town est enfin récompensé. En seconde mi-temps, Schumacher est à la parade devant Thijssen et les Allemands se satisfont du 1-0. Ipswich ne trouve pas les ressources nécessaires pour se mettre à l’abri du péril qui l’attend en Rhénanie. Pour la première fois Ipswich va voyager en Europe avec un seul but d’avance.

En avril, Ipswich disputera encore huit matches et l’infernale débauche d’énergie demandée va être fatale au club. Ipswich Town est d’abord battu par Manchester City à Villa Park en demi-finale de FA Cup, après prolongations s’il vous plait, sur un but cruel de Power. Et Town perd aussi à domicile contre Arsenal (0-2) le samedi et le derby d’East Anglia le lundi à Carrow Road contre Norwich City, 0-1. Bobby Robson : "Nous commencions à avoir des blessures et à ressentir la fatigue car nous étions bons en League, en Europe, en Cup, bref nous avions une montagne à franchir. C’était la période d’Easter donc avant le match retour à Cologne nous jouons le samedi, puis le lundi pour Easter Monday contre Norwich et le mercredi on joue en Allemagne notre... troisième match en cinq jours ! Ceci avant une demi-finale de Coupe d’Europe, vous le croyez ca ? Nous ne nous sommes pas entrainés, nous sommes allés dans un parc d’attraction en Allemagne et nous n’avons pas du tout pensé au football. Montagnes russes, rires,... nous étions confiants. Les Allemands, plus frais, pensaient qu’ils nous battraient."

Le 22 Avril 1981 pour le match retour à l’Hauptkampfbahnstadion (communément appelé Müngersdorfer Stadion), Cologne enregistre les retours de Rainer Bonhof et Herbert Zimmermann, renforçant les rangs du club allemand. Pourtant l’essentiel de la première période est engluée au milieu du terrain où la bataille est rude. Robson a placé son capitaine Mick Mills dans l’entre-jeu et les attaques allemandes sont annihilées facilement par Ipswich. Mills puis Brazil auront même l’opportunité de tuer le match en contre mais échouent. La pression allemande s’intensifie en seconde mi-temps mais Paul Cooper, Butcher et Osman tiennent la baraque, repoussant les tentatives de Muller et Engels qui se montrent maladroits par deux fois. Littbarski a beau pilloner la surface de ses centres, rien ne passe. Au contraire c’est Ipswich qui va mettre Schumacher et les siens hors d’état de nuire à la 64e minute : Muhren obtient un coup-franc et Mills le frappe en direction de Terry Butcher. Le grand défenseur n’a même pas besoin de hisser sa carcasse au dessus des Allemands, ils le laissent étrangement démarqué au point de penalty et sa tête magistrale mystifie Schumacher, pétrifié sur sa ligne. Les joueurs et les fans de Town sont sur un nuage, les Allemands capitulent, Ipswich tient sa première finale européenne !

Trois jours plus tard en championnat, et pour en finir avec ce mois d’avril torride, Butcher replace une tête victorieuse qui donne deux points précieux à Town contre Manchester City qui les a sorti de la Cup. Malheureusement le 2 Mai à Ayresome Park, et malgré l’ouverture du score par Mariner, Middlesbrough met fin aux espoirs de titre. Jankovic signe un doublé et le titre file à Villa lors de l’avant-dernière journée. Le club de Birmingham emmené par Dennis Mortimer, Tony Morley et le jeune prodige du football anglais Gary Shaw possède désormais quatre points d’avance sur Ipswich Town et se retrouve sacré Champion d’Angleterre 1981 : les Blues peuvent l’avoir mauvaise, car ils ont pourtant défait Villa trois fois dans la saison : deux victoires en championnat et une autre au troisième tour de la Cup ! Ipswich, démobilisé contre Southampton, finira la saison par une nouvelle défaite 2-3 à Portman Road.

Bobby Robson : "C’est vrai, nous pouvions tout perdre maintenant. Mais nous savions vraiment que nous avions la meilleure équipe d’Angleterre, que nous pratiquions le meilleur football, et nous étions conscients de devoir gagner quelque chose à tout prix. Nous avions cette force mentale... Nous avons joué la finale aller à la maison, ce qui n’était pas à notre avantage. Et surtout nous avions joué beaucoup plus de matches que AZ Alkmaar. Mais nous devions tout donner au match aller.

Magic !

Le 6 mai 1981 en finale aller de la coupe de l’UEFA contre les Hollandais d’AZ’67 Alkmaar, le petit stade de Portman Road est l’hôte du match le plus important de son histoire. Ipswich est au complet et aligne sa plus forte équipe (depuis l’absence du latéral George Burley qui s’est gravement blessé en Mars). Les deux clubs se sont aussi déja mesurés au premier tour de la Coupes des Coupes en 1978 et Ipswich avait éliminé AZ’67, sur un score total coriace de 2-0. Les Johnny Metgod, Hugo Hovenkamp, Jan Peters, Kees Kist sont la nouvelle vague du football hollandais. Elle s’est hissée jusqu’en finale de l’UEFA au forceps mais elle vient d’être sacrée championne de Hollande, finissant avec douze points d’avance sur l’Ajax !

Ce sont deux équipes que les Bataves affrontent ce mercredi. L’une sur le terrain et l’autre dans les tribunes. Les 28.000 places se sont vendues comme des petites pintes, les drapeaux flottent et les chants à gorge déployée donnent le ton. Come on you Town ! AZ’67 comme prévu n’est pas venu la fleur au fusil, et est bien regroupé en défense. Pourtant Eric Gates trouve enfin une brèche et met en transe tout le stade au terme d’une belle action collective qu’il a amorcée, il frappe à la sortie d’un une-deux avec Brazil mais le gardien chauve Treytl répond par une brillante détente horizontale. A la 28e minute, Wark échappe à son garde-chiourme et sème la panique sur un ballon en profondeur dans la surface de Muhren, Treytl s’avance et fait une belle opposition, mais ce diable de Scot parvient à redresser in extremis pour Mariner au second poteau qui envoie une mine sur... la main de Hovenkamp qui sauve son but sur la ligne. L’arbitre est-allemand Adolf Prokop n’hésite pas une seconde : c’est le penalty. Et John Wark, en coin, inscrit sans trembler son douzième péno de la saison ! 12 sur 12 le compte est bon et Ipswich ouvre le score. La mi-temps est sifflée sur ce 1 à 0. Dès la reprise, Ipswich développe patiemment son jeu devant une défense batave bien regroupée, Gates accélère et passe en profondeur à Brazil qui dévie pour Thijssen lancé dans la surface de réparation. Le tir du coup de pied du Néerlandais est repoussé par Treytl, mais Thijssen a bien suivi sa frappe et il pousse le ballon de la tête dans le but d’AZ’67. 2-0, les travées de Portman Road chavirent. Bobby Robson qui n’en finit plus de donner ses impressions sur la partie depuis son banc en direct sur la BBC à la télé en manque le but... !!!! Ipswich étale ensuite sa classe, Gates manque le KO d’un cheveu, et c’est Mariner qui dix minutes plus tard assomme AZ sur un superbe travail de Brazil. Il effleure ce qu’il faut le centre de l’extérieur de l’Ecossais, 3-0 la messe est dite même si en fin de partie, Tol puis Kist manquent d’un rien de conclure les seules occasions dangereuses d’Alkmaar. Les klaxons qui retentissent dans le stade saluent de façon champêtre leurs Tractor Boys qui ont fait une démonstration.

"On les attendait meilleurs, avoue sereinement dans le vestiaire un Mick Mills très posé, ils le seront au match retour donc rien n’est joué, mais nous sommes bien sûr très très contents du résultat.". Bobby Robson est plus enthousiaste que son capitaine : "Ce soir nous avons joué notre soixante-quatrième match de la même manière que ceux que nous avons joués tout au long de la saison. On les a surclassés, ils ne pouvaient tenir notre rythme, c’est une performance fantastique. Certes nous avons baissé de rythme dans les dix dernières minutes, mais c’était notre soixante-quatrième match ! J’espère que nous allons écrire l’histoire de ce club. Nous avons encore le match à Amsterdam mais j’espère que nous obtiendrons ce que nous méritons, parce que nous avons été la meilleure équipe du pays cette saison. L’équipe que nous avons rencontrée ce soir était le gratin du football hollandais et nous l’avons laminée."

A Amsterdam le 20 mai, les supporters d’AZ’67 n’y croient pas trop mais Alkmaar est déterminé à jeter toute ses forces dans la bataille et ne joue véritablement qu’à deux défenseurs en individuelle sur Mariner et Brazil. Mais sur un corner c’est Thijssen qui glace ses compatriotes en signant une jolie reprise de volée qui s’en va se loger dans les filets de Treytl dès la 4e minute. A 4-0, les jeux paraissent faits. Ipswich se relâche et Welzl, l’international autrichien en profite pour égaliser trois minutes plus tard. Johnny Metgod donne même l’avantage aux siens de la tête à la 25e minute. Le match s’emballe et à nouveau sur corner, John Wark remet les pendules à l’heure sept minutes plus tard égalant ainsi avec 14 buts inscrits la même saison en compétition européenne le record de l’Italo-Brésilien du Milan AC, José Altafini, établi en 1963 [1]. C’est son 36e et dernier but de la saison. A la 40e minute le match devient fou car Tol redonne un mince espoir à l’Olympisch Stadion. Il faudra cependant attendre le dernier quart d’heure pour voir Jonckers transpercer le mur anglais et inscrire le quatrième but de son équipe, le plus spectaculaire, un cachou en pleine lucarne. AZ’67 n’est plus qu’à deux buts de l’incroyable, mais de miracle il n’y aura point. Les Anglais ne lâchent pas prise et Ipswich Town FC remporte enfin son trophée. Il consacre cette folle et formidable saison qui les verra jouer la bagatelle de 66 matches (Russell Osman les jouera tous !). Mick Mills brandit avec fierté et soulagement la Coupe de l’UEFA et Ipswich Town FC entre dans la légende du football européen.

La conclusion revient à Bobby Robson : "J’étais heureux pour tout le club, les joueurs, les supporters que nous avons fait frémir à maintes reprises, mais ils ont compris, ils étaient derrière nous. Je chérit bien sûr la FA Cup remportée en 78, c’est un trésor, c’est spécial, comment dire... c’est Anglais. Mais en UEFA, nous sommes allés à StEtienne, Prague, bref dans 6 pays différents et nous avons sorti 6 équipes européennes, c’est une fête ça, ça n’arrive pas tous les jours d’autant que nous étions le club d’une petite ville. Cette équipe de 1980-81 a été la meilleure de toutes les équipes que j’ai assemblées dans ma carrière. Lorsque j’ai quitté le club, (NDLR en 1982, pour diriger l’équipe d’Angleterre.) je savais que je laissais une équipe d’une qualité qui ne se verrait peut être jamais plus."

  • [1] Ce record sera battu en 1996 par l’Allemand Jurgen Klinsmann avec 15 buts pour le Bayern Munich.

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