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Wembley, le temple du souvenir
Wembley, le temple du souvenir
Richard N. - Article publié le mardi 20 mars 2007
Le 28 avril 1923 est ouvert l’Empire Stadium de Wembley, joyau de l’Exposition Impériale Britannique. L’enceinte, inaugurée non sans mal à l’occasion d’une finale de FA Cup, est appelée à devenir le temple du football.

La clairière, semble-t-il, appartenait à un fermier nommé Wemba. Par une contraction dont la langue anglaise est friante, la clairière de Wemba, "Wemba's Lea" est devenue "Wembley". Puis au début du vingtième siècle, le quartier paisible du nord ouest de Londres voit débouler un étonnant personnage, Sir Edward Watkin. Celui-ci s’est mis en tête de construire une tour de métal, sensée devenir à Londres ce que la Tour Eiffel est à Paris. Les travaux s’engagent par d’énormes trous mais, du jour au lendemain, les machines s’arrêtent. Watkin, allez savoir pourquoi, a subitement abandonné son projet, laissant béants quatre trous que la population nommera "The Watkin’s Folly", la folie de Watkin.

Au lendemain de la Grande Guerre, l’Empire Britannique vieillissant veut montrer au monde qu’il est encore la première puissance économique et coloniale du monde. Il met ainsi en projet une British Empire Exhibition, ce qui ravit son peuple et notamment ses anciens soldats de 14-18 qui n’ont pu trouver un emploi. Le Prince de Galles, ainsi que le premier Ministre Lloyd George soutiennent le projet. Celui-ci s’étend sur plusieurs kilomètres dans le nord-ouest de Londres, et son joyau sera un stade de football de 130.000 places. Les travaux sont confiés aux architectes Sir John Simpson et Maxwell Ayerton, aidés par l’ingénieur Sir Owen Williams. En quelques trois cent jours, cinq mille ouvriers construisent ce qui deviendra, s’en doutent-ils, l’une des plus prestigieuses enceintes du monde.

Wembley est inauguré le samedi 28 avril 1923 par la quarante-huitième finale de la FA Cup. 25.000 tonnes de béton, 1.000 tonnes d’acier et plus d’un demi million de rivets sont devenus ce magnifique stade, dont les travaux ont finalement couté 750.000 livres. La semaine précédant l’inauguration, un bataillon d’infanterie a sauté à pieds joints sur les gradins pour en tester la solidité. Tout est prêt pour recevoir la finale qui oppose Bolton Wanderers à West Ham United. 126.047 billets ont été vendus, mais ce sont plus de 250.000 personnes qui se rendent au stade, forçant les passages et envahissant la pelouse. A l’heure prévue, le coup d’envoi ne peut être donné. Dans la cohue, on craint même le pire.

Mais les officiers de la police montée britannique vont faire preuve d’un sang-froid extraordinaire. Ils repoussent calmement la foule compacte qui se serre dans les tribunes et jusqu’au bord du terrain. Une célèbre photo montre un cheval blanc face à la foule. Billie est monté par l’officier de police George Scorey. Il est le premier héros de Wembley et la finale, qui débute avec trois quarts d’heure de retard, aura pour surnom la White Horse Final. Le premier but de l’attaquant David Jack, et la victoire (2-0) de Bolton, ne seront qu’anecdotes, tout comme les complaintes des joueurs de West Ham [1] Dans les journaux du dimanche, les titres s’attarderont surtout sur la catastrophe évitée de peu, un événement grâce auquel l’Europe découvre l’existence d’un stade nommé Wembley.

La FA Cup a trouvé son théâtre. Il en sera de même quelques mois plus tard pour l’équipe d’Angleterre qui y joue son premier match le 12 avril 1924. Contre l’Ecosse évidemment. Les tribunes ne sont pas pleines et le match est un peu ennuyeux (1-1). A l’époque, seule l’Ecosse était conviée à affronter le onze anglais sur son sol. Et forcément, elle fut la première à s’imposer à Wembley (5-1 en 1928). Curieusement, peu de rencontres eurent lieu sur la pelouse de Wembley dans ses premières années. Un Angleterre-Ecosse tous les deux ans, une finale de Cup en fin de saison, et c’est tout. Ce n’est que dans les années 1930 que l’avisé gestionnaire Arthur Elvin décide d’amortir les frais en organisant diverses manifestations, notamment des épreuves de motos, puis des courses de lévriers, ainsi que la tenue des finales de Challenge Cup, le rendez-vous du rugby à XIII.

Pendant la Guerre 39-45, le stade est réquisitionné pour accueillir les réfugiés. Ce sont surtout des matches de base-ball qui s’y déroulent, entre soldats américains. Quelques matches de foot ont également lieu entre réfugiés européens. La Guerre terminée, l’Angleterre accepte enfin de recevoir à Wembley une équipe autre que l’Ecosse. Cocorico, c’est de la France qu’il s’agit. Et nos vaillants tricolores obtiennent un méritoire match nul (2-2) et les applaudissements d’un public heureux d’en avoir fini après six années d’enfer. Suivent ensuite les Jeux Olympiques de 1948, ceux de Fanny Blankers-Koen et de Micheline Ostermeyer. Fait rare, dans le tournoi de football, une équipe de Grande Bretagne est présente, entrainée par un certain Matt Busby. Elle termine le tournoi à la quatrième place, derrière la Suède, médaille d’or, la Yougoslavie et le Danemark.

Wembley est ensuite le témoin de la fin des certitudes britanniques en matière de football. Le 6 novembre 1953, la Hongrie des Puskas, Czibor et Kocsis vient infliger un mythique 6-3 aux hommes de Walter Winterbottom, dans un "Match du Siècle" qui ne fut en fait qu’un cavalier seul. L’évènement connait un retentissement sans précédent en Europe : Pour la première fois, l’équipe d’Angleterre est battue à Wembley par une équipe du continent. La citadelle imprenable n’est plus. Mais le prestige de Wembley demeure. On installe l’éclairage artificiel en 1955, pour un match de Fairs Cup entre équipes de Londres et Francfort, puis un tableau d’affichage électronique. On y organise des finales de Coupe d’Europe. Milan remporte la Coupe des Champions en 1963, West Ham la Coupe des Coupes 1965. Le 30 juillet 1966, c’est le triplé de Geoff Hurst et la Coupe du Monde pour des hommes en rouge de Alf Ramsey. Deux ans plus tard, Manchester United remporte à son tour la Coupe des Clubs Champions.

Wembley grondera encore pour de nombreux matches, surtout lorsqu’une équipe britannique est sur le terrain. Incorrigibles anglais capable de snobber une finale européenne le mercredi pour se ruer à celle de la Cup du samedi. L’Angleterre est toujours imbue de son football et dans les années soixante, elle invite pour de pompeux matches de gala des sélections "d’Europe", de "reste du Monde", les seuls adversaires sans doute qu’elle juge à sa mesure. Dans les années soixante-dix naitra une légende tenace. La finale de la FA Cup 1973 voit la victoire d’un club de deuxième division, Sunderland, contre l’archi-favori Leeds United. On fera remarquer que les Rokermen avait pris place dans le vestiaire sud, le même qu’occupaient les champions de 1966. Ce vestiaire est devenu le "lucky changing room", réservé à l’équipe d’Angleterre. Pour les matches entre clubs, la désignation des vestiaires fera désormais l’objet d’un tirage au sort. En 1977, c’est une armée de supporters écossais qui vient dévaster le stade mythique suite à une victoire de leur équipe face à l’ennemi anglais. Un moment hallucinant où la Tartan Army, sans violence aucune, décide de ramener à la maison les poteaux de buts et des morceaux de pelouse.

Dans les années quatre-vingt, Wembley devient un lieu de concerts monstrueux, à l’image du Live Aid de Bob Geldof en 1985, où de nombreuses vieilles gloires du rock brûlent la scène au profit des enfants d’Ethiopie. S’en suivra un fameux Mandela Day en 1988 et un énorme Freddie Mercury Tribute en 1992, six ans après un autre concert mythique de Queen. En 1990, rapport Taylor oblige, toutes les places deviennent assises, réduisant la capacité à 70.000 spectateurs. L’exclusivité de Wembley en faveur de l’équipe d’Angleterre et de la finale de la Cup s’étiole quelque peu. La Coupe de la League et le Charity Shield s’y font une place, tout comme d’autres matches de moindre prestige. Façon de parler, bien sûr, car Wembley garde parmi ses grands moments un match de play-off de deuxième division : En mai 1998, Charlton obtint sa montée après une rencontre épique face à Sunderland : 3-3 à l’issue du temps réglementaire, 4-4 après prolongations et finalement 7-6 aux tirs aux buts. Plus tard, Wembley sera occupé par Arsenal les soirs de Ligue des Champions, Tony Vairelles s’en souvient encore.

Vaincre à Wembley, y marquer un but, demeure pour n’importe quel joueur un instant d’une exceptionnelle volupté. C’est le cas de Bobby Moore qui considérait l’endroit comme sa résidence secondaire, puisqu’il y a remporté tous ses trophées. Peter Shilton s’y sent également un peu chez lui puisqu’il y a disputé pas moins de 52 rencontres, le record. George Best, et plus tard, de Paul Gascoigne, y ont marqué leurs buts les plus fous. Le prestige de l’endroit a dépassé les frontières, et les plus grands joueurs ont mis un point d’honneur à y briller. C’est Johan Cruyff qui remporte la Coupe d’Europe comme joueur avec l’Ajax 1971, et comme entraîneur avec le Barça 1992. Et qui époustoufle l’assistance lors d’un Angleterre-Pays Bas (0-2) en 1977. C’est Diego Maradona qui en 1979 dribble toute la défense anglaise et manque de peu un but de légende... qu’il réussira finalement sept plus tard à Mexico. C’est Eric Cantona qui marque au moins un but à chaque apparition, dont un hat-trick avec Leeds lors du Charity Shield 1992. C’est René Higuita qui invente son coup du Scorpion. Le portugais Eusebio, lui, y est plutôt maudit. Il perd la demi-finale de la Coupe du Monde 1966 et deux ans plus tard, manque un but tout fait dans les derniers instants d’une finale de Coupe d’Europe. Wembley est devenu le passage obligé de tout joueur qui veut se faire une place dans la légende. C’est le roi Pelé qui lui a donné le nom de "Temple du Football". Pourtant, le plus grand footballeur de tous les temps n’y a jamais joué le moindre match. Curieuse méprise de l’Histoire...

[1] voir notre article The rise and fall of West Ham

History

The rise and fall of West Ham
Ten years after
Die before I get old...
Three Lions ("Football’s coming home...")
Et ça dure depuis un siècle...
Mouettes et sardines, dix ans déjà...
Arsenal-MU, victoire de Sunderland
God Save Brooking
And Smith must score...
Merseyside derby at Wembley
La fête gâchée de Paul Gascoigne
Soixante-sept, année Celtic
M.U aux larmes
Onze garçons dans le vent
Kenny king of Wembley
A Forest
Clough vs K.K.
Paisley Parc
Viva Villa
Veni Vidi Vici
Le miracle de Barcelone
Dick, Kerr ladies soccer team
Forever Blowing Bubbles
And David Seaman won’t be very happy about that
Porazka à Wembley
Death penalty à Bramall Lane
The Boxing day Massacre
Don’t cry for me
Les fantômes de Cathkin Park
This is not a love song
Happy when it rains
Blue sunshine
Wanderers, pour l’Histoire
Du parmesan sous la poudre
La revanche de Mark Hugues
Je t’aime moi non plus
Les années W.W.
Le but de la centième minute
Touched by the hand of God
Only losers take the bus
I’m only the piano player
Les Invincibles de Preston
Naissance d’un Beatle
Tango, whisky & Sco
Canto or not Canto ?
No more heroes
Stanley Cup
Peace in the Valley
Symphonie magyare dans un jardin anglais
La Cup à Canto
It must have been love
Red is Dead
Shame on the Tweed
La revanche des bannis
Sweet Six Weeks
Supercaley go ballistic
Floodlight Wolves

Wembley, le temple du souvenir
Summers in the City
To Wish Impossible Things
Thick as Thieves
Ram Power
Everybody Wants To Be A Cat
In The Army Now
The Big Sky
Coffee and Tea
The Great Scottish Invasion
Un printemps à Paris
Frankie goes to Hollywood
From Dusk Till Dawn
Germans always win ?
True Blue
Always the sun
Green night in Spain