archives kick'n'rush
TELEGRAPH . FIGURES . HISTORY . FICHES CLUB

Trevor Francis, le golden boy
Trevor Francis, le golden boy
Richard N - Article inédit
Trevor Francis fut l'un des grands joueurs anglais du début des eighties. Son nom est associé à Nottingham Forest vainqueur de deux Coupes d'Europe, mais aussi à l'équipe d'Angleterre, à la NASL américaine et au Calcio.

Du temps de sa brève splendeur, le club de Nottingham Forest parlait beaucoup d'argent. Le manager Brian Clough s'ingéniait à briser notre naïveté en martelant que le foot professionnel était avant tout une affaire de gros sous. Ainsi l'arrivée de Trevor Francis chez les champions d'Angleterre, en février 1979, fit-elle la une des quotidiens non pas pour son intérêt sportif, mais bien pour la somme qu'avait coûté le transfert : 1.180.000 livres sterling ! Le cap du million dépassé ! Un footballeur si doué soit-il mérite-t-il qu'on dépense une telle somme, s'interroge-t-on à l'époque.

Trevor John Francis n'est bien sûr pas le premier joueur venu. Né le 19 avril 1954 à Plymouth, il est entré dans la carrière dès l'âge de seize ans au sein de l'équipe de Birmingham City, alors en deuxième division. Deux ans plus tard, en 1972, le club grimpe parmi l'élite grâce à son buteur Bob Latchford, mais aussi à son jeune prodige, qui bien que milieu gauche, a déjà inscrit 27 buts pour ses deux premières saisons pro.

Birmingham City n'est un club très riche. En 1974, il doit se séparer de Latchford, qui rejoint Everton. Le club sait qu'il devra aussi se séparer un jour de Trevor Francis. En attendant, il trouve en 1976 une astuce originale pour le conserver un peu plus longtemps. Chaque été, le joueur est prêté au Detroit Express, un club de la ligue nord-américaine de soccer, qui lui verse un salaire royal pour quelques semaines de matches. Au milieu des vieilles gloires du foot et des jeunes yankees inexpérimentés, Trevor Francis devient une star. Lorsqu'il rentre à Birmingham, il est un peu fatigué, mais deux fois plus riche que ses collègues.

Le 9 février 1977, il est appelé en équipe d'Angleterre pour une rencontre aux Pays Bas. Son statut change alors peu à peu. Les grands clubs font des propositions à Birmingham, qui refuse poliment tout en faisant monter les enchères. Jusqu'en février 1979, lorsque Brian Clough et Nottingham Forest mettent leur million sur la table. Nottingham est le club en vogue du moment. C'est le champion d'Angleterre, qui a conquis son titre un an après sa montée. C'est le club qui a maté Liverpool en Coupe d'Europe, une épreuve dont il est l'un des nouveaux favoris.

Mais c'est aussi, selon son propre entraîneur, une équipe au jeu trop mécanique à qui il manque un talent capable d'illuminer l'équipe, un inspirateur susceptible de sublimer ses partenaires. Brian Clough en est convaincu : Trevor Francis est ce joueur qui va donner une dimension européenne à Nottingham. Manque de chance, Clough ne va pas pouvoir aligner le first million player lors des quarts de finales de l'épreuve reine. Ni pour les éventuelles demi-finales. Un règlement de l'UEFA stipule en effet qu'un joueur recruté en cours de saison ne peut être aligné en Coupe d'Europe que quatre mois après son transfert.

Sans Francis, donc, mais avec Woodcock, Shilton, Gemmill, Robertson, Birtles et bien d'autres, Forest élimine les Grasshoppers Zurich puis le FC Cologne. La finale de Munich s'ouvre à eux et la question se pose aussitôt : Le golden boy doit-il être aligné dans une équipe qui s'est jusqu'à présent très bien débrouillée sans lui ? Oui, répond avec aplomb Brian Clough, bien aidé il est vrai par le fait que ni Gemmill ni O'Neill, insuffisamment rétablis, ne peuvent tenir leur place. La rencontre contre Malmö est l'une des finales les plus déprimantes de l'histoire. Un Nottingham sans inspiration bute sur une équipe suédoise cantonnée en défense. Seul Trevor Francis parvient à s'extirper de cette désolation en marquant l'unique but sur une magnifique tête plongeante excentrée.

A l'instar de son équipe, et de son entraîneur, Trevor Francis prend une nouvelle dimension après cette victoire. Le joueur est aussitôt rappelé par Ron Greenwood en équipe d'Angleterre où il n'avait pas joué depuis un an. Après un nouvel été passé aux Detroit Express, Trevor Francis revient plus fort que jamais. Il est tout simplement étincelant lors de la saison 1979-80. Même si Forest patine un peu en championnat, chaque rencontre de Coupe d'Europe est une démonstration de puissance des hommes de Brian Clough, sublimé par l'inspiration de leur golden boy. Forest parvient de nouveau en finale de la Coupe des Champions, mais trois semaines avant la finale, c'est le drame : Un dribble en pivot lors d'une banale rencontre de championnat, les crampons qui restent scotchés à la pelouse : Trevor Francis sort du terrain le tendon d'Achille brisé. Le genre de blessure qui peut condamner une carrière. Adieu finale de la Coupe d'Europe, adieu aussi à l'Euro Italien avec l'équipe d'Angleterre, adieu la très rémunératrice escapade américaine, adieu au Ballon d'Or qui lui semblait promis.

L'opération est un succès et au terme d'une longue et pénible rééducation, Trevor Francis fait son retour sur les terrain, en décembre 1980. Peu à peu, il retrouve ses sensations. Ron Greenwood ne l'oublie pas et l'appelle régulièrement en équipe d'Angleterre, en plein parcours qualificatif pour la Coupe du Monde 1982. Du coté de Nottingham, c'est plutôt la soupe à la grimace. L'équipe s'est piteusement fait sortir au premier tour de la Coupe d'Europe par le CSKA Sofia, et le championnat devient un peu compliqué. De plus, le club a des soucis de trésorerie. Rassurez-vous, il lui reste de quoi payer Brian Clough et son adjoint, mais ceux-ci commencent à trouver que leurs joueurs sont un peu chers, surtout au vu de leur rendement.

En septembre 1981, on apprend non sans surprise que Trevor Francis est transféré à Manchester City. Un transfert réalisé presque sans l'avis du joueur, un peu dégoûté par les méthodes et le cynisme régnant ici-bas. Heureusement, il reste l'équipe nationale. Pour la première fois depuis douze ans, l'Angleterre dispute la phase finale de la Coupe du Monde. La sélection de Ron Greenwood se présente diminuée en Espagne. Kevin Keegan et Trevor Brooking sont tous deux blessés, et c'est sur Francis que reposent les espoirs anglais. Le golden boy se montre à la hauteur, menant le jeu de son équipe et inscrivant deux buts (contre la Tchécoslovaquie et le Koweit). Mais après un premier tour brillant, l'Angleterre et son meneur de jeu perdent un peu de leur superbe et se font éliminer au deuxième tour, après deux 0-0 poussifs face à la RFA et l'Espagne.

Au lendemain du Mondial espagnol, Trevor Francis rejoint le nouvel eldorado du foot européen, l'Italie. Il signe à la Sampdoria Gènes où il retrouve de vieilles connaissances : l'ex-Gunner irlandais Liam Brady, puis deux ans plus tard l'Ecossais Graeme Souness. Au bout de trois ans, il remporte la Coppa Italia puis rejoint l'Atalanta Bergame où il restera deux saisons. Pour beaucoup, Francis est considéré comme le meilleur anglais ayant évolué en série A. Il est vrai aussi que les réussites dans le domaine se comptent sur les doigts d'une main. De son coté, l'équipe d'Angleterre l'a un peu oublié. Malgré une belle campagne de qualification, Bobby Robson ne fait pas appel à lui pour la Coupe du Monde 1986. En 1987, Francis revient en Grande Bretagne, plus précisément en Ecosse, où Graeme Souness l'invite à une "English Invasion" aux Glasgow Rangers. Ce sera un échec. Francis quittera le club avant même la fin de la saison.

La carrière de Trevor Francis s'éternise en pointillés. Il rejoint Queen's Park Rangers en mars 1988 puis Sheffield Wednesday en 1990, deux clubs où lorsque la nécessité s'en fait sentir, on lui demande d'assumer le rôle d'entraîneur joueur. Sans doute inspiré par Clough, Francis se révèle un coach d'une extrême sévérité. Les fans de QPR se souviennent de l'épisode Martin Allen, un joueur qu'il engueula pour avoir préféré assister à la naissance de son fils plutôt que de jouer un match important pour QPR. Quand à ceux de Sheffield Wednesday, ils se mordent encore les doigts au souvenir de ce joueur français venu frapper à la porte du club et que Francis vexa en lui demandant d'effectuer une période d'essai. Ce joueur, c'était Eric Cantona.

Sheffield Wednesday connaîtra toutefois deux belles saisons, terminant à la troisième place en 1992 puis disputant les finales des deux Cups en 1993. Francis disputera son dernier match en tant que joueur en 1994. Sa carrière d'entraîneur l'emmènera ensuite à Birmingham City, son premier club, puis à Crystal Palace d'où il se fera virer, en 2003, le jour de son anniversaire.

Beaucoup de grands joueurs connaissent une carrière entraîneur difficile. Leur nom se ternit dans les petits remous de l'actualité, mais sûrement pas les images de leur époque de joueur, gravées dans nos souvenirs. Trevor Francis fut l'un des plus grands joueurs du début des années 1980. Une blessure grave et un manque de clairvoyance dans le choix de ses clubs l'ont peut-être empêché d'être aujourd'hui cité parmi les plus grands.