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Aliadière et d’aujourd’hui
Aliadière et d’aujourd’hui
Richard N. - Article publié le mardi 9 octobre 2007
Jérémie Aliadière avait quitté la France avec fracas, persuadé que son destin de footballeur se situerait dans un très grand club d’Angleterre. Aujourd’hui, il joue à Middlesbrough. Vous avez dit loser ?

La question mérite de figurer dans un quizz : Dans quel club joue actuellement Jérémie Aliadière ? Il est vrai qu’on en a un peu perdu la trace, de ce jeune attaquant de Rambouillet qui avait fait la une des gazettes en rejoignant Arsenal à l’âge de quinze ans. Aliadière, c’était le symbole de la formation à la Française, sa richesse, sa qualité, mais aussi et surtout le symbole de ses limites. A quoi bon former des cracks s’il n’existe pas dans l’hexagone de club suffisamment puissant pour assouvir son ambition ?

A l’époque, ses éducateurs de l’INF Clairefontaine sont formels : Ce Aliadière a le potentiel d’un Henry ou d’un Anelka. La vieille France l’imagine alors bien peaufiner sa formation dans un bon club de chez nous, type Nantes ou Auxerre. Mais Jérémie est de la génération Bosman : il rêve d’un grand club, et un grand club, ça n’existe pas en France. Il est contacté par Barcelone et l’Inter Milan (c’est du moins ce que disent ses agents), mais il choisit Arsenal, le club à la mode de la France qui gagne (Wenger, Vieira, Henry, Pires, Wiltord...). Le transfert provoque alors un tollé en France, qui commence à comprendre que son championnat n’est plus qu’un second choix. A Londres, Jérémie est venu pour apprendre et il apprend. Arsène Wenger lui enseigne avant tout la patience : Entraînements, banc de touche, entraînements... Jérémie ne participe qu’à des bouts de matches. "J’ai eu une pubalgie, puis une première grosse entorse du genou et enfin la rupture des ligaments du genou. Tout cela en trois ans". Et même lorsqu’il est en pleine forme, Arsène Wenger hésite à le faire jouer...

Lors de l’été 2005, Aliadière a déjà vingt-deux ans. A cet âge là, Thierry Henry était champion du monde et Anelka remportait la Champion’s League. Aliadière, lui, est remplaçant. Il réclame du temps de jeu, Coach Arsène consent à lui en donner, mais ailleurs. Il prête son jeune attaquant au Celtic qui, manifestement, n’en veut pas trop. Au bout de deux mois, sans trop comprendre pourquoi, le Rambolitain se retrouve à West Ham. Contrarié par divers pépins physiques, il joue peu de rencontres chez les Hammers. En février 2006, il est prêté à Wolverhampton, club de deuxième division. En septembre 2006, il revient à Arsenal, où les blessures successives de Robin Van Persie puis de Thierry Henry auraient dû lui laisser du temps de jeu. Malheureusement, il reste sur le banc, ne trouvant une place de titulaire qu’au sein de l’équipe bis en Carling Cup.

A vingt-quatre ans, Jérémie Aliadière se dit que bon, les grands clubs, c’est sympa, encore faut-il pouvoir y jouer. Même s’il affirme avoir "beaucoup appris", il ne peut nier que ses sept années passées à Arsenal sont un gâchis. Arsenal consent à le céder à Middlesbrough. Un club modeste certes, mais qui lui "donnera du temps de jeu". Peut-être aurait-il dû commencer par là. "Je repars de zéro". Comme tous les ans.

C’est l’histoire de Jérémie Aliadière, on aurait pu choisir celle de Anthony Le Tallec. Même poste, mêmes promesses, mêmes rêves, mêmes opportunités, même destin. Formé au Havre, le jeune morbihanais marque, avec son cousin par alliance Florent Simana-Pongolle, autant de buts avec la réserve du HAC qu’avec l’équipe de France juniors. Le duo est repéré par le Liverpool de Gérard Houiller qu’il rejoint en 2003. Divers petits pépins physiques laissent Le Tallec sur le banc. Simana-Pongolle ne joue guère plus souvent et le rêve se transforme en rude galère. Le Tallec, au bout d’une saison et quelques petits bouts de matches est prêté à Saint-Etienne pour six mois. Il rejoint ensuite Sunderland en 2005, puis Sochaux en 2006. Une attirance pour les clubs en S. Comme sinueux. Depuis l’été 2007, il est titulaire à la pointe de l’attaque du Mans. De son coté, après un passage de six mois à Blackburn, Simana-Pongolle a trouvé du temps de jeu en Espagne, au Recreativo Huelva.

Aujourd’hui, ils n’ont sans doute rien perdu de leurs qualités, mais c’est leur crédibilité qui fait défaut. On les a annoncé à Arsenal ou Liverpool. On les retrouve à Middlesbrough, Huelva et Le Mans. On pourrait aussi évoquer Vincent Péricard, le prodige de Saint-Etienne parti à dix-huit ans à la Juventus et balladé depuis de Portsmouth à Sheffield, de Plymouth à Stoke City. A vingt-cinq ans, l’ancien stéphanois joue quelques matches de Championship entre deux séjours en prison [1].

Malgré les discours convenus, langue de bois à la sauce Coué, la carrière de ces futurs cracks est au point mort. A peine formés, ces jeunes gens ont rêvé de Champion’s League avant même d’avoir gouté à la Ligue 1. D’autres jeunes ont pris le même chemin sans se planter : Lassana Diarra et Abou Diaby sont devenus internationaux malgré un départ précoce ; Mathieu Flamini et Gael Clichy sont titulaires à Arsenal après n’avoir pas ou peu connu le championnat de France. Sans doute le risque est-il moins important pour un joueur au rôle défensif. L’attaquant est par nature plus dépendant de la performance d’ensemble de son équipe, et donc plus exposé aux matches ratés. Il lui faut donc opter pour la patience, choisir une progression par pallier et privilégier le temps de jeu.

Mais allez expliquer çà à un gamin qui est sur le point de signer à Arsenal...

[1] Vincent Péricard a récemment été condamné à la prison pour mensonges proféré à la police suite à un excès de vitesse. Il est aujourd’hui en liberté conditionnelle.