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Pat Jennings, northern rock
Pat Jennings, northern rock
Richard N - Article publié le vendredi 14 septembre 2007
Pat Jennings a défendu les cages de Tottenham et de Arsenal avec le même bonheur. L’inamovible gardien de la sélection nord-Irlandaise est une légende dans les deux clubs. Un cas unique.

On avait toujours plaisir à retrouver Pat Jennings et sa massive silhouette, presque familière. A chaque match diffusé à la TV, Pat semblait garder les cages de son équipe depuis toujours. Sa carrière a traversé deux décennies, ce qui lui donnait cette envergure de monument inaltérable. Un monument sympa, pétri d’humilité, qui faisait son job avec sérieux et sans en rajouter.

Patrick Anthony Jennings est né le 12 juin 1945 à Newry, dans le Down, l’un des six comtés de l’Ulster occupés par le Royaume Uni. Dans la ferme familiale, entourés de six frères et trois soeurs, Pat ne rechigne pas à la tâche pour le travail aux champs, mais laisse un peu filer l’école. D’une constitution robuste, il pratique divers sports, l’athlétisme notamment mais aussi le football gaélique, ce jeu de balle typiquement irlandais où l’on s’empare du ballon avec les mains et l’on avance à coups de pieds vigoureux. Ce n’est que vers l’âge de quinze ans qu’il découvre le soccer, notre foot à nous. On le place dans les buts, pour sa taille et ses grandes mains. Il s’y révèle bon, notamment dans ces impressionnants dégagements au pied issus du foot gaélique et qui s’avèrent une redoutable arme offensive.

Son ascension est alors fulgurante. Six mois à peine après son premier match de foot, on le retrouve dans les cages de l’équipe junior d’Irlande du Nord. Celle-ci dispute un tournoi en Angleterre. Malgré les quatre buts encaissés en finale à Wembley, Pat Jennings tape dans l’oeil des recruteurs. Le gallois Ron Burgess, ancien joueur de Tottenham, parvient à l’attirer à Watford, en troisième division.

Le 15 avril 1964, Pat Jennings est appelé en sélection d’Irlande du Nord, pour une rencontre du British Home Championship contre le Pays de Galles. Il honore sa première sélection en même temps qu’un autre jeune prometteur, George Best. Le successeur de Harry Gregg signe un long bail de vingt-deux ans et pas moins de 119 sélections, record national.

Jennings n’aura joué que 48 rencontres avec Watford. En juin 1964, il est acheté 27.500 livres par Tottenham Hotspur. Le club londonnien, dirigé par Bill Nicholson, fait alors partie du gratin anglais. Il a réalisé le doublé en 1961, a conservé la Cup en 1962, et est devenu le premier club anglais à remporter une Coupe Européenne, celle des Vainqueurs de Coupes. Chez les Spurs, le gardien irlandais découvre la concurrence. Le vieux Bill Brown n’est pas disposé à laisser sa place. Mais à force de travail et de patience, Pat Jennings devient peu à peu le titulaire. 1966-67 est une grande saison. Spur termine troisième du championnat anglais et remporte la FA Cup au terme de la première finale 100% londonienne face à Chelsea (2-1).

Quelques mois plus tard, au cours du traditionnel Charity Shield, Old Trafford est le théatre d’un exploit peu ordinaire. Alors que le score est de 0-0, Pat Jennings réalise un de ses énormes dégagements dont il a le secret. Légèrement poussé par le vent, le ballon arrive directement dans la surface adverse, rebondit devant Alex Stepney et passe au dessus du gardien de United. Ouverture du score de Tottenham.

Au début des seventies, Spur vit une nouvelle période faste. Il remporte deux League Cup (1971, 1973), et dispute deux finales de la Coupe UEFA, l’une victorieuse en 1972 (aux dépens de Wolverhampton), l’autre perdue en 1974 (face à Feyenoord). Sur un plan personnel, le gardien Nord-irlandais est distingué par les journalistes qui lui attribuent le titre de Player of The Year en 1973, puis par ses pairs qui le distinguent quand à eux en 1976. Brillants dans les épreuves de Coupes, Spur manque toutefois de régularité pour remporter le championnat. Pire, le club s’enfonce peu à peu au classement, au point de terminer avant-dernier à l’issue d’une calamiteuse saison 1976-77.

Pat Jennings a alors trente-deux ans, et les dirigeants de Tottenham estiment que sa carrière touche à sa fin. Pour services rendus (treize saisons au club, 472 matches), ils lui offrent un jubilé et la possibilité de changer de club contre une dérisoire indemnité. Un peu vexé, l’Irlandais choisit de signer chez l’ennemi juré, Arsenal. Au lieu du crépuscule annoncé, son passage chez les Gunners sera une deuxième carrière. Jennings gardera pendant huit ans la cage d’Arsenal. Il disputera trois finales de FA Cup consécutives (1978, 1979, 1980) ainsi que la finale de Coupe des Coupes 1980, ce sommet d’ennui perdu aux tirs aux buts contre Valence. Lorsqu’il revient à White Hart Lane, les sifflets lui sont rarement adressés. Pat Jennings a laissé durant treize ans une telle image de professionalisme, de fair-play et de loyauté que les fans ne lui en veulent même pas d’avoir rejoint les rangs de l’ennemi historique.

Son histoire avec Arsenal se termine en 1985. Jennings met fin à sa carrière professionnelle, mais il reste présent au plus haut niveau. Car depuis le début des années 1980, son pays, l’Irlande du Nord, est redevenu une place forte du foot international, malgré sa petite taille, malgré la guerre qui sévit à chaque coin de rue. L’équipe dirigée par Billy Bingham bénéficie d’une génération exceptionnelle et remporte notamment deux Home British Championship. Et surtout, elle se qualifie pour la Coupe du Monde. En 1982, les Nord-Irlandais passent le premier tour à l’issue d’un match homérique face à l’hôte espagnol. Réduits à dix et face à une équipe poussée par son public et quelque peu aidée par l’arbitrage, les Verts s’imposent à Valence grâce à un but historique de Gerry Armstrong et quelques arrêts déterminants du capitaine Pat Jennings.

On croit terminée dès la fin du tournoi l’histoire de cette sympathique équipe, laminée au deuxième tour par l’équipe de France. Mais quatre ans plus tard, au Mexique, les Nord-irlandais sont présents, avec Whiteside, Armstrong, Hamilton et, bien sûr Pat Jennings. Le gardien irlandais a pourtant mis fin à sa carrière un an plus tôt, mais la perspective de disputer une nouvelle Coupe du Monde l’a poussé à réenfiler les gants. Six mois avant le début du tournoi, il fait une pige dans l’équipe réserve de Tottenham. Le 12 juin 1986, jour de son quarante-et-unième anniversaire, il dispute son dernier match face au Brésil. Careca, deux fois, et Josimar fêtent l’événement à leur manière : 3-0.

Pat Jennings est ensuite devenu entraîneur de gardien de but, au sein des Spurs. Depuis qu’il a pris sa retraite, il suit la carrière de son fils, également prénommé Pat, également gardien de but, mais à Derry City.