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Demolition man
Demolition man
Richard N. - Article publié le mardi 17 juillet 2007
Chris Sutton a choisi de mettre fin à sa carrière, après seize ans passés sur les terrains. Oublié par les sélectionneurs, l’ancien attaquant de Blackburn et du Celtic n’en reste pas moins l’un des meilleurs attaquants anglais de sa génération.

Chris Sutton n’était pas loin du portrait-robot qu’on aime se faire de l’attaquant british. Une technique certes potable mais qui cède le pas à un fighting spirit jamais démenti, une férocité et une détermination qui lui ont permis de planter une cent-cinquantaine de buts en seize ans de carrière, aussi bien en Angleterre qu’en Ecosse.

Flash back. Le championnat anglais 1992/1993, le tout premier sous l’appellation Premier League, est bousculé par onze hommes en jaune venus de l’East Anglia. Les Canaris de Norwich City ne se contentent plus d’humilier les ploucs d’Ipswich, ils sèment la terreur dans toute l’élite anglaise. A la pointe de l’attaque, le jeune Christopher Roy Sutton, vingt ans, fait parler la poudre. Après avoir tutoyé les sommets, l’équipe de Dave Stringer termine finalement à la troisième place, décrochant sa première (et unique) participation en Coupe d’Europe  [1].

Lors de l’été 1994, Chris Sutton est le joueur le plus cher d’Angleterre. Le milliardaire Jack Walker n’hésite pas à claquer cinq millions de livres pour l’associer à Alan Shearer à la pointe des Blackburn Rovers. Bonne pioche. Avec son terrific duo d’attaque (Sutton en perce-muraille, Shearer à la finition), les Rovers supplantent Manchester United et décrochent un titre de champion d’Angleterre attendu dans le Lancashire depuis quatre générations. La saison suivante est marquée par une baisse de forme, tant pour l’équipe, qui se plante en beauté en Champion’s League, que pour son attaquant, éloigné des terrains par toutes sortes de blessures, et qui ne comptabilisera finalement que treize apparitions. Simple coup de barre : Sutton réalisera trois bonnes saisons par la suite, terminant même meilleur buteur de la Premier League 1997-98 [2].

Cette saison-là d’ailleurs, Chris Sutton fait ses débuts en équipe d’Angleterre. Le 15 novembre 1997, il est appelé par Glenn Hoddle pour un match amical face au Cameroun. A Wembley, les Anglais s’imposent 2-0, buts de Scholes et Fowler. L’attaquant de Blackburn entre en jeu à la 79ème minute. Onze minutes plus tard, l’arbitre siffle la fin du match. Chris Sutton l’ignore encore, mais sa carrière internationale est terminée. Il sera bien rappelé quelques semaines plus tard dans l’optique de la Coupe du Monde 1998, mais Glenn Hoddle l’envoie en équipe d’Angleterre B, ce qui vexe considérablement notre bonhomme. Prise de bec, déclarations dans la presse, et brouille définitive avec le maillot anglais. Le nom de Sutton viendra bien aux lèvres des successeurs de Glenn Hoddle, mais il y aura toujours une blessure, un contretemps, un Owen ou un Heskey qui empêcheront Sutton d’améliorer son compteur sélections.

En 1999, quatre ans seulement après son titre, Blackburn est relegué en deuxième division. A vingt-six ans, Chris Sutton se trouve trop jeune pour goûter au purgatoire et décide de rejoindre Chelsea. Ce ne sera pas sa meilleure idée. Avec les Blues, Sutton n’inscrira qu’un seul but, et encore fut-il le dernier d’un mémorable 5-0 contre Manchester United. Chris Sutton n’était pas fait pour Stamford Bridge. Il trouvera son salut lors de l’été 2000 du coté de Glasgow.

Le Celtic FC revient d’une petite période de turbulences qui non seulement l’a vu manquer le titre deux saisons de suite, mais aussi et surtout se faire humilier en Coupe d’Ecosse par Inverness  [3]. L’Irlandais Martin O’Neill est appelé pour mettre un peu d’ordre dans la maison, et son premier renfort s’appelle Chris Sutton. Dès son premier match contre Dundee United, l’Anglais trouve l’ouverture. A la veille de son premier derby glaswegian, lorsqu’on lui demande ce qu’il est venu faire en Ecosse, sa réponse fuse direct : "Remettre les Rangers à leur place". Le 27 août 2000, il met son programme à exécution, marquant le premier et le dernier but d’un Old Firm historique, le Demolition Derby qui voit l’ennemi honni se faire écraser 6-2.

Autant dire qu’avec une telle perf, Sutton est devenu un héros chez les Hoops. Il trouve avec le buteur suédois Henrik Larsson la même complicité qu’avec le Shearer de Blackburn, et l’équipe survole la saison 2000-01 en réalisant le treble. Sutton restera six saisons à Celtic Park, le temps de remporter trois championnats, deux Scottish Cups, deux League Cups et de participer à l’épopée de la Coupe UEFA 2003. Sutton se distingue en outre en devenant en 2002 le buteur le plus rapide d’un Old Firm (ouverture du score après 18 secondes, à Ibrox qui plus est). En 2004, il est tout simplement élu Player of the Year du championnat écossais.

En janvier 2006, Chris Sutton, trente-cinq ans, quitte discrètement le Celtic pour rejoindre Birmingham City, qu’il ne parvient pas à sauver de la relégation. En octobre 2006, Martin O’Neill lui propose de le rejoindre chez le voisin Aston Villa. Mais une blessure à l’œil contractée en décembre lors d’un match face à Manchester United le pousse hors des terrains. Cette blessure, il ne parvient pas à la soigner. La sagesse lui recommande d’éviter toute sorte de chocs. Pour un footballeur, cela signifie qu’il faut changer de métier. Le 5 juillet 2007, son agent annonce que Chris Sutton se retire du foot professionnel.

[1] voir notre article Ten years after

[2] Chris Sutton partage ce titre de meilleur buteur de la Premier League 1997-98 avec Michael Owen (Liverpool) et Dion Dublin (Coventry). Les trois hommes avaient inscrit 18 buts chacun, ce qui constitue le plus faible total de l’histoire des meilleurs buteurs de la D1 anglaise.

[3] voir notre article Supercaley go ballistic