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Derek Doogan, wanna be a Doog
Derek Doogan, wanna be a Doog
Richard N. - Article publié le mercredi 27 juin 2007
Derek Dougan a disparu le 24 juin 2007. Son nom est lié au Wolverhampton des seventies, mais aussi à celui de l’Irlande pour qui il rêva de paix et d’une équipe nationale unique.

Derek Dougan a longtemps cherché sa voie. Avant de rejoindre Wolverhampton en 1967, ce cow-boy solitaire est passé de club en club en n’y restant jamais plus de deux saisons. Son caractère entier, ses prises de bec fréquentes avec le coach et son individualisme parfois limite fatiguaient son entourage autant qu’il renforçait sa popularité auprès des fans. Derek Dougan était un anticonformiste de son époque, cheveux longs et attitude déguingandée, grande gueule colérique et lunatique, tantôt génial, tantôt transparent. Ce n’’est qu’au sein des Wolves, à vingt-neuf ans, qu’il trouva enfin le juste équilibre entre son égo et les compromis au service du collectif. Derek Dougan, alias The Doog, a passé dix-huit saisons sur les pelouses de l’élite anglaise, le temps d’atteindre le chiffre parfait de 222 buts.

Alexander Derek Dougan est né le 20 janvier 1938 à Belfast. A l’âge de quinze ans, il rejoint Distillery FC, club où il débute comme défenseur et avec lequel il remporte l’Irish Cup en 1956 aux dépens de Glentoran. Il rejoint l’Angleterre en août 1957, et signe au Portsmouth FC qui vient de remonter en première division. Après 33 matches et neuf buts pour Pompey, The Doog ne finit pas la saison : le coach Freddie Cox, excédé, l’expédie aux Blackburn Rovers en mars 1959.

Une anecdote croustillante va marquer son passage aux Rovers. Ceux-ci doivent disputer en mai 1960 une finale de FA Cup contre Wolverhampton. Dougan a inscrit les deux buts de la demi-finale victorieuse contre Sheffield Wednesday et fait figure de héros. Le matin de la finale, Dougan demande officiellement... à être transféré ! Une attitude curieuse qui déclenche la colère des fans, mais ceux-ci n’ont encore rien vu : S’il reste finalement au club, il dispute la finale tout en étant blessé ! Il s’est tendu un muscle quelques jours plus tôt à l’entrainement, blessure qu’il a évidemment caché au coach et à ses coéquipiers. Sur la pelouse de Wembley, alors qu’il croyait pouvoir jouer sans trop de soucis, il se met à boiter au bout de quelques minutes. A l’époque, on ne pratiquait pas encore le changement de joueurs en cours de partie. Bien que restant sur le terrain, l’Irlandais n’y a qu’un rôle de figurant. Les Rovers, à dix contre onze, vont même se retrouver à neuf suite à la sortie sur blessure de Dave Whelan (1) et finalement s’incliner 3-0.

Inutile de préciser qu’après cet exploit, et en dépit des 34 buts qu’il a inscrit pour les Rovers, sa présence n’était plus vraiment souhaitée au sein du club. Deux ans plus tard, c’est Aston Villa qui l’accueille, où il remplace Gerry Hitchens parti à l’Inter Milan. On le voit ensuite à Peterborough United (en troisième division !), puis à Leicester City. En mars 1967, à l’âge de vingt-neuf ans, sa carrière cahotique semble ne pas avoir vraiment décollé. Il est expédié en deuxième division, contre 50.000 livres, aux Wolverhampton Wanderers.

Un Doog chez les Wolves, il fallait y penser. A Molineux, l’exaspérant Irlandais va enfin mettre de l’eau dans sa bière brune, et apprendre à se mettre au service du collectif sans perdre son sens du but. Les hommes de Ronnie Allen sont alors dans une période euphorique. Ils terminent la saison en trombe et décrochent le ticket pour la remontée, après deux ans de purgatoire. A la pointe de l’attaque, Dougan devient rapidement le buteur attitré de l’équipe. Il marque de nombreux buts mais se distingue également par son comportement bouillant : En 1969, il écope de huit matches de suspension pour avoir un peu trop vertement hurlé ce qu’il pensait à un arbitre de touche.

Lors des saisons suivantes, Wolves se réinstalle dans le haut du tableau, terminant notamment quatrième de l’exercice 1970-71. Le club se qualifie pour la toute nouvelle Coupe UEFA (qui remplace la désuète Coupe des Villes de Foire). Au premier tour face aux Portugais de Academica Coimbra, The Doog inscrit trois buts. Il demeure le seul joueur de Wolverhampton a avoir inscrit un hat-trick lors d’une rencontre européenne. Quatre jours plus tard, il réalise la même performance en championnat contre Nottingham Forest.

Wolves atteint la finale de la Coupe UEFA après avoir sorti entre autres la Juventus et Ferencvaros. Mais lors d’une finale cent pour cent anglaise, Tottenham Hotspur empêche les Wolves d’emporter la Coupe. Dougan s’aperçoit alors que son palmarès reste incroyablement maigre : Une Irish Cup, deux titres de champions des Etats-Unis (Wolves s’offrait l’été quelques escapades outre-Atlantique), mais rien sur le sol anglais. C’est à l’âge de trente-six ans, en 1974, qu’il touche enfin son premier trophée, la League Cup, au terme d’une finale remportée face à Manchester City.

Sur le plan international, Dougan a été sélectionné à 43 reprises en équipe d’Irlande du Nord. Il a débuté en pleine Coupe du Monde, celle de 1958 en Suède, lors d’un match contre la Tchécoslovaquie.

Il se retirera quinze années plus tard après avoir milité en vain pour la création d’une équipe unique d’Irlande. Son beau projet avait pris forme un jour de 1973 lors d’une rencontre historique opposant le Brésil à une équipe composée de six joueurs d’Irlande du Nord et de cinq du sud. Un coup de force qui ne fut pas du goût de la Fédération Nord-Irlandaise, et qui marqua la fin de sa carrière internationale.

Dougan quitte le foot de haut niveau en 1975, à l’âge respectable, pour un footballeur, de trente-sept ans. Il se tourne vers la télévision, manage la petite équipe de Kettering Town, puis devient le Président de la Professional Footballers Association, le puissant syndicat des footballeurs anglais. En 1982, il revient à Wolverhampton pour présider le club pendant trois ans. En 2005, il conduit son pote George Best à sa dernière demeure. Il le rejoint le 24 juin 2007, à l’âge de soixante-neuf ans.