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Liam Brady, irish Gunner
Liam Brady, irish Gunner
Filip B - Article publié le vendredi 4 mai 2007
Liam Brady a connu plusieurs vies de footballeur. Celle d’un international irlandais privé de phases finales, celle d’un Gunner éblouissant des seventies et celle d’un des premiers mercenaires du Calcio dans les années quatre-vingt.

Lorsqu’en 1980 ils furent autorisés, après quatorze ans d’abstinence, à recruter des joueurs de l’étranger, les clubs italiens avaient intérêt à choisir leurs recrues avec précision. Car ils n’avaient le droit qu’à un seul non-Italien dans leur effectif, celui-ci se devait donc d’être un très bon joueur. La Roma jeta son dévolu sur le Brésilien Roberto Falcao et l’Inter s’offrit l’Autrichien Herbert Prohaska. La Juventus quand à elle porta son choix sur un irlandais, Liam Brady.

Celui-ci est né le 13 février 1956. Il a appris le foot dans les faubourgs du Nord de Dublin, aux cotés de ses frères aînés Ray et Pat, deux futurs joueurs pro (respectivement du Queen’s Park Rangers et de Millwall). Les trois garçons ont de qui tenir, leur oncle Frank, étant lui-même un ancien international et joueur à QPR. Les rudes batailles familiales forgent le caractère de Liam, qui apprend à compenser sa petite taille en maîtrisant l’art du dribble. A treize ans, il est le leader de l’équipe des moins de quinze ans du St Kevin’s Boys Club. C’est là qu’il est repéré par Bill Darby, le scout d’Arsenal, qui dira un jour qu’il "a un pied gauche qui, pratiquement, parle". A quinze ans, Brady quitte la Verte Erin et rejoint ses frangins à Londres. Deux ans plus tard, le 6 octobre 1973, il joue son premier match pro avec Arsenal. Il entre au cours d’un match contre Birmingham City à la place de Jeff Blockley, blessé au genou.

L’Irlandais devient un Gunner à part entière durant la saison 1974-75. Métronome du milieu de terrain, il utilise à merveille son pied gauche pour alimenter le buteur Malcolm Mac Donald, un international anglais fraîchement arrivé de Newcastle. Arsenal aligne alors un grand nombre d’irlandais parmi lesquels Frank Stapleton, alors âgé de 19 ans, et David O’Leary, sans oublier le gardien Pat Jennings. Seulement, cette période n’est pas la meilleure d’Arsenal. Le club londonien a lentement dégringolé après sa folle saison 1970-71 et se traîne dans les bas-fonds du classement, au point parfois de frôler la descente. Il lui faut attendre la saison 1976-77 pour de nouveau finir dans la première moitié du tableau. L’époque est marquée par une victoire historique, quelques jours avant Noël en 1978, sur le terrain de l’ennemi Tottenham : 5-0, trois buts de Alan Sunderland et un de Brady d’une frappe superbe en pleine lucarne.

Le renouveau d’Arsenal passe ensuite par la FA Cup, dont les Gunners disputent trois finales consécutives. Et remportent celle de 1979 sur un mémorable finish : Alors que Manchester vient de remonter à 2-2, Liam Brady sonne la charge et entraîne toute l’équipe dans son sillage. Le ballon parvient à Graham Rix, lequel centre pour Alan Sunderland qui marque et entre dans l’histoire  [1]. Brady, déjà désigné en trois occasions meilleur joueur du club, recevra en 1979 le trophée du Player of the Year.

En 1980, Arsenal parvient en finale de la défunte Coupe des Vainqueurs de Coupes. A Bruxelles, il est battu aux tirs aux buts par le FC Valence, mais la chronique a surtout retenu l’élimination en demi-finale de la Juventus, et la victoire des Gunners (0-1) au Stadio Communale. Un match qui a décidé la Vieille Dame de Turin à casser sa tirelire pour s’offrir les services de l’Irlandais.

On imagine alors mal le jeune Brady (il n’a alors que 24 ans) s’imposer dans l’un des championnats les plus rigoureux du monde. Mais son fighting spirit et son merveilleux pied gauche séduisent le public italien. Seul étranger de l’équipe, il devient le pourvoyeur en ballon de buts des cannonieres de la Juve, Roberto Bettega le goleador grisonnant, et Franco Causio l’ailier moustachu. La Juve remporte deux scudetti consécutifs. Le deuxième, celui de 1982, porte à jamais la marque de l’Irlandais, auteur du but qui donna le titre contre Catanzaro.

Liam Brady quittera toutefois Turin après ce but. La plupart de ses coéquipiers (Zoff, Scirea, Gentile, Cabrini, Tardelli, Rossi) deviennent champions du monde quelques semaines plus tard à Madrid. La Juventus leur adjoint deux authentiques vedettes du foot européen, le polonais Zbignew Boniek et le français Michel Platini. Contraint de quitter le Piémont, l’Irlandais reste en Italie. Il jouera deux saisons à la Sampdoria Gènes (avec Trevor Francis), deux autres à l’Inter Milan (avec Karl Heinz Rummenigge) puis une dernière à Ascoli. Puis il reviendra à Londres, à 31 ans, pour terminer sa carrière, à West Ham United.

Sa carrière internationale (72 sélections de 1974 à 1989, 9 buts) n’a bien sûr pas été à la hauteur de son talent. L’équipe d’Irlande, si elle donna souvent du fil à retordre à ses adversaires (et notamment à la France de... Platini), n’est jamais parvenue à se qualifier pour les grandes phases finales. Lorsqu’elle y parvint, pour le championnat d’Europe 1988 en Allemagne, Liam Brady ne put s’y rendre, la faute à un carton rouge reçu lors de l’ultime match éliminatoire face à la Bulgarie. Jack Charlton avait préféré ne pas convoquer un joueur suspendu pour les deux premiers matches et de surcroît en proie à de récurrentes douleurs au genou.

Liam Brady a manqué ce qui aurait pu être l’aboutissement de quinze années au service de la sélection Irlandaise. Il sera rappelé en 1989 pour un Irlande-RFA amical, 72ème et ultime sélection, interrompue après une demi-heure de jeu par une nouvelle blessure. Lorsque les Irlandais s’en vont disputer le Mondiale Italien de 1990, Liam Brady aura définitivement mis un terme à sa carrière. Les crampons rangés, Brady devient commentateur pour la RTE avant de se risquer à entraîner des équipes pro, le Celtic tout d’abord (1991-1993) puis Brighton & Hove Albion (1993-1995). Il retrouvera ensuite son cher Arsenal où il sera chargé de préparer la relève des hommes d’Arsène Wenger.