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Osvaldo Ardiles, white hart lane bird
Osvaldo Ardiles, white hart lane bird
Richard N - Article publié le samedi 7 avril 2007
Tottenham Hotspur a vu défiler de nombreux grands joueurs, mais il garde un souvenir particulier de Osvaldo Ardiles. Cet Argentin, champion du monde en 1978, enchanta White Hart Lane durant de longues années. Une passion que même la guerre n'a pu briser.

Luis Cesar Menotti, entraîneur de l'équipe d'Argentine qui remporta la Coupe du monde en 1978, avait cette drôle de manie d'attribuer les numéros de ses joueurs par ordre alphabétique. Ainsi Osvaldo Cesar Ardiles, milieu de terrain offensif, joua-t-il le Mundial 1978 avec le numéro 2 dans le dos, ce qui était original, puis le Mundial 1982 avec le numéro 1, ce qui devenait carrément incongru. Mais Osvaldo Ardiles était bien plus qu'un numéro. Au sein d'une équipe principalement composée de solides gauchos à cheveux longs et bouclés, Ossie se distinguait par son physique plutôt léger, sa coiffure brune et plaquée, son visage aux traits aristocratiques. Il ressemblait à un danseur de tango, selon les mots de Don Revie.

Ne voyez aucune moquerie dans les termes du sélectionneur anglais de l'époque. Au contraire, le danseur de tango l'avait littéralement subjugué lors d'un Argentine-Angleterre disputé en juin 1977 à Buenos Aires. Lorsqu'il s'emparait du ballon, Ardiles l'emmenait dans des dribbles courts et enchanteurs tout en conservant un calme olympien et une attitude des plus distinguées. On l'imaginait bien passer des nuits dans les tripots de Buenos Aires, une chemise à large col sur les épaules et un chapeau blanc sur la tête, invitant les dames à fouler la piste sur un morceau de Carlos Gardel.

Les Argentins l'avaient surnommé El Piton (le Python) car chacun de ses mouvements balle au pied portaient une grâce et un sang froid reptilien. Il venait de la province de Córdoba, où il est né le 8 août 1952 et où il débute sa carrière de footballeur. Il évolue d'abord à l'Instituto, puis après un court passage à Belgrano, il rejoint le Club Atlético Huracán. Il est rapidement repéré par Luis Cesar Menotti, esthète du football et sélectionneur de l'équipe d'Argentine, chargé ni plus ni moins de remporter la Coupe du Monde organisée en juin 1978 au pays du General Videla. Menotti souhaite monter une équipe avec un jeu joyeux, entièrement composée de joueurs évoluant au pays, et le danseur de Córdoba arrive à point nommé pour en devenir le meneur de jeu. Menotti réussira son pari, remporter la Coupe en ne faisant finalement appel qu'à un seul exilé, le buteur Mario Kempes. Au lendemain de ce triomphe, Osvaldo Ardiles aurait pu rejoindre Boca Junior ou River Plate, mais à la surprise générale, on le retrouvera à Tottenham Hotspur.

A l'époque, les recruteurs anglais ne prospectent guère au-delà des mers. Le Royaume Uni est un réservoir largement suffisant pour alimenter les effectifs. Mais la Coupe du Monde argentine, allez savoir pourquoi, a attiré l'attention d'un manager anglais. Harry Haslam, le boss de Sheffield United, est ainsi le premier à contacter Antonio Rattin, l'agent de Ardiles, mais aussi de Ricardo Villa, attaquant du Racing Buenos Aires [1]. Les deux joueurs sont malheureusement trop chers pour Sheffield. Haslam contacte alors deux clubs plus fortunés, Arsenal et Tottenham. Keith Burkinshaw, le manager des Spurs, s'envole aussitôt vers Buenos Aires, de peur que les rivaux d'en face ne décrochent l'affaire avant lui. Au terme de tractations où il est avant tout question de dollars par milliers, Tottenham Hotspur a enfin signé ses deux champions du monde.

Lorsque les journaux annoncent la nouvelle, l'opinion publique se montre très sceptique. Si Ricardo Villa peut raisonnablement imposer sa puissance dans les rudes combats de la League anglaise, les arguments techniques de Ardiles risquent de ne pas peser lourd face aux brutes épaisses qui servent de défenseurs à la plupart des clubs britanniques. Bref, on se demande si Burkinshaw ne se serait pas un peu emballé. Vaine inquiétude : Dès les premières rencontres, Osvaldo Ardiles conquiert l'exigent public de White Hart Lane. Le Python impose son jeu court, la finesse de ses dribbles, et hérite d'un nouveau surnom animalier, The Little Bird of Paradise.

En 1978, le club du North London vient de passer une saison dans l'enfer de la deuxième division, une erreur de parcours qu'il ne veut plus revivre. L'arrivée des deux argentins lui donne une aura particulière, mais il parvient difficilement à s'extraire de la seconde moitié du tableau. C'est donc la Cup qui fera entrer le duo argentin dans la légende. En 1981, Wembley accueille la centième finale de l'histoire de la FA Cup. Deux matches sont nécessaires pour départager le dixième du championnat, Tottenham, au douzième Manchester City. Après le 1-1 du premier match, Ossie Ardiles mène le jeu et Ricky Villa inscrit deux des trois buts du replay. Spur s'impose 3-2.

Tout n'est alors que bonheur pour Osvaldo Ardiles. Il est une star reconnue au pays du football, il a participé au tournage d'un film avec Michael Caine et Pelé [2]. Il s'est tellement bien adpaté à sa nouvelle vie qu'il se sent "encore plus londonien que n'importe quel londonien". A l'approche de la trentaine, Osvaldo Ardiles se voit mal terminer sa carrière ailleurs que chez les Spurs. Seulement, un drame de l'histoire va bouleverser la donne. En mars 1982, la junte militaire, toujours au pouvoir en Argentine, décide de se réapproprier les Iles Malouines, un bout de terre perdu dans l'Atlantique, battant pavillon britannique depuis le milieu du XIXème siècle. Cela ne plait évidemment pas beaucoup à Mrs Thatcher qui envoie son armée faire le ménage. Deux mois et demi de guerre, et des milliers de morts coté argentin, dont le lieutenant José Ardiles, un cousin. Bien avant la guerre, Ossie avait convenu avec son club d'être libéré dès avril 1982 afin de rejoindre la sélection argentine pour préparer le Mundial espagnol. Une bonne chose finalement pour un joueur qui est écarté de son équipe par la force des choses, pour d'évidentes raisons de sécurité. Le conflit prendra fin mi-juin 1982, au moment où débute la Coupe du Monde. Tottenham a remporté une seconde Cup sans lui (1-1 puis 1-0 contre QPR) et terminé à la quatrième place de la League. En Espagne, l'équipe d'Argentine tente de se concentrer sur la défense de son titre, mais battue d'entrée par la Belgique, elle ne brillera que lors d'un match de feu contre la Hongrie (4-1, Ardiles clôt la marque en exploitant une grossière erreur de défense). Par la suite, les champions du monde tomberont dans un traquenard italien (2-1), Ossie jouant une bonne partie du match avec un maillot en lambeaux. Les Argentins seront définitivement sortis par un Brésil intouchable et termineront leur Mundial par l'expulsion spectaculaire de Diego Maradona.

Au lendemain de la Coupe du Monde, Ardiles ne peut rentrer à Londres, les braises de la Guerre étant encore trop brûlantes. Il a trente ans, mais ne souhaite pas non plus retourner en Argentine. Il rejoint finalement un jeune club français qui s'apprête à découvrir la Coupe d'Europe, le Paris Saint Germain. Mais Ossie ne s'imposera jamais dans la capitale française, qui lui préfèrera, au bout de six mois, un certain Safet Susic. En janvier 1983, Ardiles revient finalement chez les Spurs. Malgré quelques blessures qui retarderont le retour du vrai "little bird", les Spurs s'imposent sur la scène européenne, remportant en 1984 la Coupe UEFA aux dépens des belges d'Anderlecht.

Après quatre saisons pleines, Ardiles quitte Tottenham en 1987. A 35 ans, il rejoint Blackburn, en deuxième division. On le retrouvera ensuite à Queen's Park Rangers, puis à Swindon Town, club dont il devient l'entraineur, en juillet 1989. Fidèle au foot qu'il aime, l'entraîneur Ardiles façonne un style très technique et très offensif à son équipe. Un pari fou dans les bas-fonds du foot anglais. Dès la fin de la première saison, Swindon est en play-off. Les supporters, qui n'ont jamais connu pareille fête, rendent hommage à leur coach en jetant au cours des play-off des milliers de papelitos, re-créant ainsi une atmosphère très "World Cup 78". Blackburn et Sunderland battus, Swindon peut rejoindre l'élite, mais une sombre affaire de salaires non déclarés annule brutalement la promotion. La saison suivante se déroule dans l'atmosphère que l'on devine, dans un club sans âme, sans fric et sans énergie. En février 1991, Ardiles lâche Swindon pour Newcastle, alors en deuxième division, d'où il se fera virer presqu'un an plus tard.

En juin 1992, l'Argentin se refait une santé en permettant à West Bromwich Albion de remonter en deuxième division. Un succès qui attire l'attention de son club de toujours, Tottenham. Osvaldo Ardiles retrouve White Hart Lane en 1993/94 accompagné de quelques joueurs de renom, l'Allemand Jürgen Klinsmann et les internationaux roumains Gheorghe Popescu et Ilie Dumitrescu. Las, Spur termine la saison à une indigne quinzième place. Ardiles reste en place à l'intersaison, mais se fait jeter en octobre. Fin de son histoire anglaise. Osvaldo Ardiles mène aujourd'hui une vie de globe-trotteur, ayant entraîné au Mexique, au Japon, en Croatie, en Arabie Saoudite, en Argentine, à Israel. Sa carrière d'entraîneur n'est peut-être pas encore terminée, mais elle n'atteindra sans doute jamais celle du joueur qu'il fut, à la fois danseur de tango, python et petit oiseau du paradis.