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Craig Bellamy, Fight Club
Craig Bellamy, Fight Club
Rian Gyggs - Article publié le mardi 27 mars 2007
Si vous pensez que Craig Bellamy est un joueur bourré de talent et de testostérone, réveillez-vous : il s’agit en fait d’un agitateur qui souhaite nous libérer de l’aliénation matérielle que nous avons créée. Moyen d’action : l’autodestruction.

Fin de siècle. Jack (Craig Bellamy) est un jeune attaquant des Canaris de Norwich City. Son travail consiste à épuiser les défenses adverses par de longues courses d’appel infinies, façon Kevin Keegan. Son petit salaire de cadre supérieur de la D2 anglaise lui permet d’équiper son logement de meubles Ikea. Il n’en reste pas moins vrai qu’évoluer dans une ville de ploucs, sans pouvoir remporter de titres ou se sentir utile à une sélection galloise faiblarde pousse à la dépression. Victime d’insomnies chroniques, Jack décide de consulter. Son médecin traitant, pas fan pour un sou des pilules et cachets, lui explique qu’il y a pire sur Terre. « Allez donc voir à l’hôpital les rescapés des accidents de la route, les estropiés, les tétraplégiques, ceux-là ont bien plus de raisons d’être malheureux que vous. » Jack s’exécute, se donne une vilaine blessure et rate les deux premiers mois de la saison 1998-99. La confrontation avec les grands malades l’aide à retrouver le sommeil mais pas le goût de la vie. Jack se dit qu’un nouveau départ lui fera le plus grand bien.

Arrivée à Coventry en 2000, City aussi. Sur le chemin Jack fait la connaissance d’un drôle d’énergumène, Tyler Durden (Craig Bellamy). Ce dernier le convainc petit à petit que la raison de vivre que cherche Jack n’existe pas. La seule solution face à cette société marchande et son plus fort symbole, le football business dépravé dans lequel le supporter consommateur engraisse et idolâtre tout le reste de la chaîne alimentaire (des joueurs trop payés aux publicitaires sans vergogne, des agents véreux aux entraîneurs qui se sucrent sur chaque transfert, sans compter les présidents actionnaires qui traient la vache sans la nourrir), c’est l’autodestruction.

Dès lors, Jack va se livrer à des agissements qui n’auront qu’une seule et unique finalité : détruire et se détruire. En novembre 2001, il sèche un repas officiel lors d’un stage à Marbella, préférant aller en boîte et coucher avec une certaine Marla Singer. Un mois plus tard, il persiste et signe avec un coup de coude sur le latéral gauche d’Arsenal Ashley Cole. Bagarres à l’entraînement s’ensuivent, histoire de compléter la panoplie. Pour bien faire, Jack s’en prend même à ceux qui n’appartiennent pas au milieu du football : un étudiant de 21 ans, Angel Face, fait les frais, en février 2002, du coup de furie de Jack, qui vient de créer, avec Tyler Durden, le Fight Club. Recenser toutes les actions du Fight Club serait fastidieux et forcément non exhaustif. Coups de tête, coups de pied, sur ou en dehors du terrain, Jack tape partout et tout le temps, pas à cause de l’alcool ou pour se défouler, mais bien pour manifester contre l’état de déchéance avancé de l’Occident. Toutefois, au beau milieu des tous les décérébrés de la Premier League, Jack se rend bien compte qu’il passe pour un énième abruti de service. Sur les conseils de Tyler Durden, il passe à la vitesse supérieure en mars 2003. Insultes à caractère raciste sur un videur de boîte de nuit à Cardiff. Dans la foulée, amendes et suspensions suite à une tentative d’intimidation très poussée de l’arbitre Andy D’Urso, coupable d’avoir oublié de siffler un penalty lors de la victoire 1-0 de Boro à Newcastle, son nouveau terrain de jeu.

Jusqu’ici, vous vous dites que Jack n’est ni plus ni moins qu’un pauvre type qui utilise ses poings pour discuter. Détrompez-vous : Jack est un véritable terroriste qui cherche coûte que coûte à nous faire comprendre que nos valeurs sont corrompues et qu’il faut tout bazarder. Preuve à l’appui avec le fait divers qui suit. En juillet 2005, la Ferrari Spider de Jack est sérieusement amochée en pleine nuit. La police mène l’enquête mas ne retrouve pas trace du jaloux. Novembre 2005, Jack retrouve au petit matin une Ford Fiesta volée encastrée dans sa Bentley Continental GT. Là encore, la police sèche, mais les observateurs les plus avisés auront reconnu la signature de Tyler Durden. Puisqu’on vous dit que c’est de l’autodestruction. D’ailleurs, Jack flingue son corps et accumule les blessures et les saisons moyennes, quel que soit le club où il figure (Après Norwich, Coventry et Newcastle, notre rebelle se perd au Celtic, à Blackburn et à Liverpool).

Jack tient à montrer au monde entier qu’il n’est certainement pas un simple joueur violent ou un raciste latent. Insultes à son ex collègue de bureau Shearer par SMS, double agression à caractère sexuel sur deux jeunes filles de Cardiff : le Fight Club se diversifie. Bagarres avec ses entraîneurs (McDermott, Souness), ses coéquipiers (dernier en date : John-Arne Riise), son chien, sa femme, son canapé, sa vaisselle, sa belle-mère... en bref tout ce qui lui passe sous la main.

Aux dernières nouvelles, Jack préparerait un gros coup, le Project Mayhem. Pour tromper les autorités, Jack utilise son temps libre à fabriquer des savons avec de la graisse, mais développe en parallèle des centaines de Fight Clubs dans tout le pays. Le jour où le siège de la FA explosera, vous saurez qui est derrière. Quant à Tyler Durden, il est introuvable.