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Dennis Bergkamp, Ice and Orange
Dennis Bergkamp, Ice and Orange
Richard N. - Article publié le vendredi 29 décembre 2006
Dennis Bergkamp a mis fin à sa carrière en août 2006, après notamment onze saisons passées à Arsenal. Son élégance et son goût du geste raffiné ont grandement marqué la Premier League, de même que le foot international.

Il paraît que Nikos Dabizas se réveille encore en pleine nuit, et se met à chercher un ballon autour de son lit. Puis dans l’obscurité se dessine le visage angélique de Dennis Bergkamp, et Dabizas comprend qu’il est de nouveau victime d’un vieux cauchemar  [1]. Le défenseur grec n’a pas oublié ce Newcastle-Arsenal du 2 mars 2002. Préposé au marquage de Dennis Bergkamp, il fut aux premières loges d’un but somptueux : Le Hollandais lancé plein axe par Robert Pires, reçoit la balle dos au but dans l’arc de cercle, Dabizas collé à ses basques. D’un touché subtil, il dévie la trajectoire du ballon pour que celui-ci parte sur la droite du défenseur, tandis que lui file sur sa gauche. Lorsqu’il récupère le ballon après avoir contourné un Dabizas aux abois, l’attaquant d’Arsenal ouvre largement son pied et mystifie le gardien.

Les images de ce but extraordinaire ont fait le tour du monde. Elles figurent désormais en bonne place dans la mythologie des fans d’Arsenal. Ce n’est pas la seule action que Dennis Bergkamp a signé de toute sa classe. On se rappelle entre autres de quelle manière il avait rendu fou les défenseurs de la Juventus en improvisant, en pleine Champion’s League, un aller-retour aux abords de la surface avant de délivrer une merveille de passe à Fredrik Ljungberg. Et puis il y a ce but légendaire de Marseille, dans les dernières minutes d’un quart de finale de Coupe du Monde opposant les Pays Bas à l’Argentine : Sur une longue ouverture de Franck de Boer, il réalise un contrôle orienté qui déstabilise la défense argentine, et enchaîne d’un tir de l’extérieur qui se fiche sous la barre. Le plus beau but de la Coupe du Monde 1998 [2].

Dennis Bergkamp est de ces joueurs qui donnait une dimension esthétique au football. Il avait le goût du geste juste qui éliminait l’adversaire, ou qui ouvrait un boulevard dans les défenses les plus regroupées. Il ne pratiquait guère le flip-flap ni le coup du foulard. Son toucher de balle portait la marque de la simplicité, qui ne sacrifiait en rien l’efficacité, qui démontrait au contraire que l’élégance avait encore sa place dans ce football de brutes. A l’Ajax déjà, certains de ses gestes avaient le don extraordinaire de faire sourire Louis Van Gaal. En 1993, Dennis Bergkamp aurait pu rejoindre le FC Barcelone du mentor Johan Cruyff, mais c’est l’Inter Milan qu’il choisit, un véritable crève-coeur : Le club lombard n’a jamais eu la réputation de laisser s’exprimer les artistes. Après deux pénibles années en Lombardie, son transfert au Boring Arsenal continua de nourrir notre scepticisme.

C’était ignorer combien Dennis Bergkamp était déjà imprégné de foot anglais. Ses parents avaient choisi son prénom en hommage à Denis Law. Par la suite, Dennis passera de nombreux séjours en vacances outre-Manche, s’approchant à sa manière de son idole, un certain Glenn Hoddle. C’est donc en terrain connu, mais pas encore conquis, qu’il débarque en 1995 lorsqu’il signe chez les Gunners. Le club londonnien en est à ses toutes dernières années Fever Pitch. George Graham a été prié de partir, suite à une sombre histoire de commissions occultes et le coaching passe de mains en mains, de Stewart Houston à Bruce Rioch. C’est en octobre 1996 que le club fait sa révolution, en allant chercher un coach français, Arsène Wenger. S’il francisa à outrance le club le plus british de Londres, l’Alsacien ne négligea pas d’y ajouter un zeste d’Oranje en remettant l’équipe à l’inspiration de Dennis Bergkamp. Mi-meneur de jeu mi-attaquant, ce dernier inscrira 120 buts (pour 424 rencontres) et donnera au moins autant de ballons décisifs. Fini l’Arsenal ennuyeux cher à Nick Hornby, bonjour le French Touch télégénique et les années fastes : Trois championnats, trois Cups, deux doublés, et surtout une équipe plaisante à voir jouer.

Si Arsenal avait eu la bonne idée de s’imposer en finale de la Coupe UEFA 2000 contre Galatasaray (ça s’est joué aux tirs au but), Dennis Bergkamp aurait réalisé un triplé de choix, puisqu’il avait déjà remporté le trophée avec l’Ajax 1992 et l’Inter 1994 (il a également remporté feu la Coupe des Coupes à l’âge de 18 ans avec l’Ajax). Mais Dennis Bergkamp n’aura jamais eu le palmarès international qu’il méritait. Les Gunners ont longtemps bloqué sur le plan européen, et lorsqu’ils parvinrent enfin en finale de la Ligue des Champions, en 2006, le Hollandais avait déjà 37 ans et n’était plus titulaire que par intermittence. La sélection orange, quand à elle, aurait pu lui apporter la consécration. Elle bénéficiait d’un potentiel inestimable (Seedorf, Davids, Kluivert, De Boer brothers, Overmars...), mais son management était souvent défaillant. Quand à l’ambiance, inutile de s’y attarder tant elle semblait délétère. Dommage, car en de maintes occasions cette génération put prétendre succéder à celle des Gullit et Van Basten... et apporter à Bergkamp un Ballon d’Or qui n’aurait pas fait tâche.

Dennis Bergkamp, c’est bien connu, avait la phobie des avions, ce qui l’empéchait parfois de se rendre avec son équipe en des destinations trop lointaines. Cela lui évitait également d’être affublé du redondant surnom de "Hollandais Volant" (on l’appelait finalement le "non-Flying Dutchman" dans les travées d’Highbury). Il fêta toutefois son jubilé en inaugurant un stade portant le nom d’une compagnie aérienne, un pied-de-nez dont on apprécia l’autodérision, même si elle fut certainement involontaire.

  • [1] N’ayez pas d’inquiétude sur la santé de Nikos Dabizas. Tout ce qui est écrit à son propos dans ces premières lignes n’est que pure invention
  • [2] On cite également souvent le but de Michael Owen comme étant le plus beau but de la Coupe du Monde 1998. Seul Angel Roa, le gardien argentin qui s’est pris les deux pions (et qui est entré aux ordres depuis !), pourrait les départager...