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My Big Fat Irish Wedding
My Big Fat Irish Wedding
Rian Gyggs - Article publié le mercredi 27 décembre 2006
Les joueurs d’exception entretiennent avec leur sélection nationale une histoire d’amour. L'exceptionnel Roy Keane ne fait pas exception.

Pour ne pas rater ses fiançailles avec sa verte dulcinée, Roy Keane décide de s’y prendre très tôt, et de tout mettre dans la balance. Il n’hésite pas à faire l’école buissonnière pour répéter ses gammes ballon au pied. Rate le certificat d’études pour mieux intégrer les sélections jeunes, dès l’âge de 15 ans. Mais la belle se montre insensible au charme de Keano. Recalé. Trop petit. Le rêve en vert du petit gamin de Cork s’éloigne.

Qu’à cela ne tienne, Roy reformule sa demande quelques années plus tard, vêtu de son plus beau costume de Nottingham Forrest, celui que Brian Clough lui a taillé sur mesure. L’effet est réussi, l’Irlandais est appelé chez les moins de 21 ans. Ces derniers sont alors entraînés par Maurice Setters, qui prépare sa sélection à grands coups d’entraînements ennuyeux et inefficaces. Le jeune mari sent bien que cette relation est vouée à battre de l’aile. La vie de couple est moins idyllique que prévue.

Et pourtant, malgré les doutes de Keane sur la capacité de la sélection irlandaise à gagner quoi que ce soit, cette dernière s’accroche à son homme, qu’elle convoque à l’occasion d’un match de qualification pour l’Euro 1992. Le goût amer ressenti chez les jeunes se fait plus rance encore. Au-delà de la défaite 3-1 contre des Polonais vaillants mais sans génie, Keane est sceptique sur Jack Charlton. Ce même Charlton qu’il admirait étant jeune, notamment pour ses parcours à l’Euro 1988 et au Mondial 1990 (élimination en quarts par l’organisateur italien). L’alliance le gratte. Il a en effet appris le football entre-temps, le kick n’ rush basique et brutal de Charlton ne le fait franchement pas rêver. Aucune créativité, un schéma de jeu compréhensible par un nouveau-né (presser et attendre une erreur de l’adversaire), qui plus est inadapté aux joueurs en place. Quant à la pelouse de Lansdowne Road, elle tient plutôt du champ de patates que du terrain de football. Keane demande à ce que des efforts soient faits à ce niveau-là, Charlton répond que c’est surtout un handicap pour les adversaires. Décidément, cette mariée a tout d’une garce.

Les années passent, Charlton reste aux yeux du peuple un héros national, Keane n’en croit pas ses yeux. Le joueur d’échecs que Jack prétend être, ne serait, au mieux selon Roy, qu’un vulgaire joueur de dames. La préparation d’avant match est confiée au fameux Setters, un bras droit qui a tout d’un pied gauche. Il faut dire que Charlton la mariée a du mal à supporter la comparaison avec les maîtresses expérimentées de Keane que sont Ferguson et Clough. Roy est effaré de voir le potentiel de bons joueurs gâché par ce Charlton limité, craintif et primaire. Si la devise de Clough aurait pu être « play it as you see it », donnant une grande autonomie au joueur, celle de Charlton serait plutôt « play it as I see it ». Le marié se donne à fond dans ses clubs, et fait figuration dans son équipe nationale. En attendant des jours meilleurs ?

Préparation bâclée, foi aveugle de l’entraîneur en un ou deux principes de jeu dépassés, discours dans les vestiaires démodé, tactique d’amateurs, malgré toutes ces embûches les joueurs Irlandais font de leur mieux et se qualifient pour la Coupe du Monde 1994. Le mariage de Keane est un désastre, mais il maintient les apparences, à un moment ou tant d’autres couples se séparent et s’entretuent. Ginola l’assassin en sait quelque chose.

Les époux partent à la Coupe du Monde, mais en faisant chambre séparée : Charlton voyage avec son staff en première classe, Keane et ses joueurs en classe éco. Setters a sorti ses beaux cahiers pour cette préparation de Mondial. Des tours de terrain à tire-larigot, et tout ça en pleine chaleur floridienne. Après trois jours, le moral dans les chaussettes, les joueurs se rebellent, sous l’impulsion d’Andy Townsend. Charlton étouffe l’affaire et donne en pâture aux média le jeune Keane. Fauteur de troubles dans sa vie personnelle, c’est forcément lui le mouton noir. La mariée est moche, de mauvaise humeur, et menteuse avec ça. La belle affaire. Sur le terrain, les longs appels interminables n’en finissent plus, les transversales se perdent, les corps s’épuisent sous la canicule. Pas de plan B, cela devrait être donc la débâcle pour l’idéologie Charlton. Mais un coup du destin permet à l’Irlande de l’emporter sur l’Italie. Le pays les accueille en héros, au grand dam de Keane qui vit toute cette aventure comme une grande mascarade.

1996, Charlton cède sa place à Mick McCarthy. Ce lifting ne changera rien aux relations entre Keane et la sélection, bien au contraire. McCarthy s’inscrit dans la ligne de Charlton et tente de rivaliser avec son prédécesseur, dans la préparation, toujours laxiste et bien loin des standards modernes du football professionnel. Keane sort d’une saison ponctuée par un doublé en club, demande à se reposer plutôt que de participer à l’éreintante tournée outre-Atlantique. McCarthy accepte la demande en provenance d’United. Une fois sur place, il clame haut et fort que Keane ne lui a jamais parlé en personne et qu’il a vilainement laissé tomber sa sélection.

De déboires en soirées d’engueulades, le couple s’envole quand même pour la Corée du Sud. Chaleur extrême, mauvaise préparation, terrain trop secs ou gorgés d’eau, survêts et maillots d’entraînement perdus dans le voyage, les mêmes histoires se répètent. C’en est trop pour Roy qui jette son alliance. Mais en privé, seul à seul avec Mick. Quelques heures et une interview du Irish Times plus loin, et c’est le grand déballage. En plein repas, devant les coéquipiers. McCarthy accuse Keane de ne jamais avoir voulu jouer pour l’Irlande. Keane passe pour le donneur de leçons, celui qui n’a pas confiance en ses coéquipiers. Disgrâce nationale. Retour la queue entre les jambes au pays, tout seul dans son avion. Le public sait que pour divorcer il faut être deux, et pardonne vite cette énième frasque à Roy.

McCarthy parti, Roy revient en sélection pour quelques matchs de plus, 66 au total, pour 10 buts. Un mariage longue durée dans lequel il n’aura jamais été vraiment à son aise. Comme beaucoup, Keane termine sa carrière avec l’étrange paradoxe d’avoir voulu tout donner pour mouiller le maillot vert, quand la sélection ne lui proposait qu’improvisation et injustice. « Mariage plus vieux, mariage heureux ». Demandez donc à Keano ce qu’il en pense.