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Raging Bull
Raging Bull
Rian Gyggs - Article publié le mardi 26 décembre 2006
Roy Keane n’est pas un footballeur comme les autres. Solitaire, agité, énervé, un taureau parmi le paisible troupeau qui compose la majeure partie de l’élite du ballon rond. Où l’on découvre que sa flopée de cartons rouges en carrière n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Les vies de Roy Keane avant le football laissaient déjà augurer d’un tel destin de catcheur fou. Avant de s’inscrire au club de football local, Roy fait ses premières armes dans le hurling, un sport gaélique vieux de 4000 ans, roi en Irlande et nulle part ailleurs... les 100 000 licenciés de ce hockey sur gazon très physique résidant tous sur l’île. Quelques vilaines blessures plus loin, il opte pour la boxe. Quatre victoires en autant de combats, un potentiel certain, mais un coach exigeant qui lui demande de faire très tôt un choix entre la boxe et le football, où il est repéré au tout début des années 90 par Nottingham Forrest.

Malgré un jeu à sa convenance et un entraîneur aux petits soins, Keane est comme tous les îliens, nostalgique de sa terre. Il dit de lui : « Irish by birth : Cork by the grace of God ». Il met en pratique la théorie et retrouve le plus souvent possible dans les pubs de Cork ses amis d’enfance. La célébrité le frappe de plein fouet, sous la forme d’un coup de poing asséné en pleine figure par un jaloux local. Impossible de convaincre son entourage qu’il n’y est pour rien. Le vilain petit canard pointe le bout de son nez.

Ce premier événement est révélateur de la difficulté de Keane à accepter et gérer la célébrité au quotidien. Quelques mois plus tard, une responsable d’association vient lui demander ses sous-vêtements pour une vente de charité. Il refuse et propose son maillot vert, porté et signé. Madame devient colère (qu’est ce que je vais faire d’un maillot de l’équipe d’Irlande, idiot, j’ai besoin de sous-vêtements de stars), gin tonic dans la face de notre héros, qui répond en renversant sa bière sur la tête de la pénible. Deux minutes plus tard, il échange les coups avec le mari.

Le syndrome Greta Garbo prend des proportions plus dingues encore avec son arrivée à Manchester United et son positionnement progressif comme un des tauliers de l’équipe. Marquer des buts, replacer ses coéquipiers, leur faire des passes décisives, Keano sait faire. Se montrer accessible et aimable avec les fans, avenant avec la presse, Roy ne sait pas, ne veut pas savoir.

Une fois la mauvaise réputation lancée, elle le précède immanquablement. Il essuie les plâtres en équipe d’Irlande, passe auprès des médias pour le responsable d’une rébellion contre l’entraîneur, en fait dirigée par son coéquipier Townsend. Le mouton noir se renferme, se concentre sur son jeu, et apporte toujours plus sur le terrain au fur et à mesure que son statut de star agitée le ronge.

A peine deux mois après avoir gagné le brassard de capitaine des Red Devils, Roy retombe dans les mêmes pièges qui ont construit malgré lui son image de bad boy. Quelques verres un mercredi soir dans un pub mancunien, fréquenté ce soir-là par des Irlandais. Boire un coup entre compatriotes ? Plutôt l’occasion de gentiment se chamailler autour de l’ancestrale rivalité Cork-Dublin. Keane peut parler calmement ou presque de ses racines, c’est plus dur avec quelques pintes dans le nez. L’addition sera salée et en trois temps. Premier round. Bagarre générale. Tabloïd. Honte. Deuxième round. Deux jours plus tard, titulaire contre Leeds. Haaland le découpe sur les ordres de O’Leary. Ligaments. Six mois d’absence. Troisième round. Quelques années plus tard, Keane avoue dans son autobiographie que la fracture de la jambe subie par Haaland un an plus tard était une vengeance préméditée. Amende. Suspensions.

Le summum de sa carrière est atteint en 1999, l’année du fameux triplé. La finale de Champions League a lieu dans une semaine, celle de Cup dans trois jours. Keane et quelques-uns de ses coéquipiers refusent de payer un verre à deux jeunes femmes. L’homme qui les accompagne cherche l’affrontement, c’est Keane qui s’en charge. Les témoins présents reconnaîtront tous qu’une des deux jeunes femmes a agressé l’Irlandais, mais trop tard. Une nuit en cellule de dégrisement, la une des tabloïds pendant trois jours. Celui que Ferguson avait engagé pour gagner en Coupe d’Europe devait de toute façon manquer la finale du Nou Camp, suspendu après un tacle en demie sur Zidane.

Les années ont passé, la réputation du sale gosse de Cork s’est ancrée dans les esprits. Mais à la différence d’un Rooney, qui ne récolte pas la moitié des expulsions qu’il mérite sur un terrain mais met un point d’honneur à honorer toute fête de sa présence en cassant nez, chaises, tables ou verres ; les cartons rouges de Keane sur le terrain n’étaient que justice, tandis que ce qu’il a récolté en dehors n’était que maladresse. Celle d’un taureau à qui on agite un foulard rouge.