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Striker-upon-Tyne
Striker-upon-Tyne
Richard N. - Article publié le vendredi 22 décembre 2006
Alan Shearer fut l’attaquant anglais des nineties. Même s’il a appris le métier à Southampton, même s’il n’a été champion qu’avec Blackburn, ce pur Geordie n’a jamais été autre chose qu’un joueur de Newcastle United.

Son palmarès ne tient que sur une seule ligne mais ses statistiques donnent le change : 379 buts en 733 matches, voilà un ratio qui vous classe un footballeur. Alan Shearer a collectionné les buts : Des magnifiques comme cette reprise de volée face à Everton, et des moches comme ce contre dès les premières secondes d’une rencontre face à Manchester City. Mais ce qui caractérisait surtout ses réalisations, c’était l’application, le sang-froid et la sobriété, qualités essentielles de tout serial-buteur qui se respecte. Alan "Big Al" Shearer avait le geste juste au moment décisif, la frappe qui savait être lourde quand le besoin s’en faisait sentir. Une fois son méfait accompli, le buteur n’éprouvait pas le besoin d’en rajouter. Il levait un bras et s’en allait avec un grand sourire, conscient de l’état de désolation qu’il laissait dans la surface de réparation.

Alan Shearer n’avait pas l’élégance de Gary Lineker, à qui il succéda aux avant-postes du onze d’Angleterre. Si le partant se distinguait par un fair-play sans failles, le successeur ne s’embarassait pas de ce genre de convenances. Son poste l’exposait aux coups, mais il savait en donner quand nécessaire. Et selon lui, c’était souvent nécessaire. Bref, Alan Shearer n’était pas un saint. C’est pourtant à Southampton qu’il débute sa carrière en 1988. A son grand désespoir, l’enfant du Tyneside (il est né à Gosforth) n’a pas réussi à se faire engager par Newcastle United, et a donc pris la route du Sud. Il entre dans la carrière au cours d’un match contre Chelsea, mais c’est quinze jours plus tard, le 9 avril 1988, qu’il frappe les esprits : trois buts face à Arsenal. Jamais, depuis Jimmy Greaves, un joueur aussi jeune n’avait réalisé un hat-trick dans le Championnat Anglais.

Malgré ces débuts fracassants, Alan Shearer met un certain temps avant de s’imposer dans l’élite anglaise. Ce n’est qu’épisodiquement qu’il sème la terreur dans les surfaces de réparation, et il ne franchit la barre des dix buts que lors de la saison 1991-92. Plutôt opportun puisque c’est la période où Gary Lineker souhaite prendre du recul avec l’équipe d’Angleterre. Le 19 février 1992, Alan Shearer est appelé dans le onze de Graham Taylor pour un match amical contre la France. Victoire 2-0, buts de Lineker et Shearer, joli passage de témoin. La nouvelle coqueluche du foot anglais est alors annoncée un peu partout et notamment à Manchester United. Mais Shearer rejoint finalement Blackburn Rovers, un club surgi du passé et rebâti par la fortune de Jack Walker. Sa première saison chez les Rovers est altérée par une blessure, les ligaments lâchant contre Leeds lors du Boxing Day 1992. Sa deuxième saison est beaucoup plus convaincante : Il inscrit 31 buts en quarante matches et Blackburn termine deuxième derrière... Manchester United.

Blackburn parvient finalement à ses fins lors de la saison 1994-95 en associant à Shearer un alter-ego nommé Chris Sutton. Le duo d’attaque des Rovers est alors l’un des plus terrifiants de la Premier League. Shearer inscrit 34 buts, Sutton en ajoute 15 et Blackburn est sacré champion, au nez et à la barbe de Manchester. La saison suivante verra les Rovers se planter en Ligue des Champions (dernier de leur poule avec quatre défaites) et baisser d’un cran en championnat (septièmes), mais Alan Shearer, avec 31 buts dans sa saison, continue de soigner ses stats. L’Euro 1996, organisé en Angleterre, permet à Alan Shearer de prendre une véritable dimension internationale. Un but contre la Suisse, un autre contre l’Ecosse, deux contre les Pays Bas et un dernier face à l’Allemagne en font le meilleur buteur du tournoi. Hélas, les hommes de Terry Venables ont le malheur de croiser l’Allemagne en demi-finale et de ne pouvoir accéder à un titre qu’elle méritait. Par la suite, l’Angleterre n’aura pas les mêmes opportunités de victoires finales, tant au Mondial 98 qu’à l’Euro 2000. Le capitaine Alan Shearer y marquera à chaque fois deux buts, mais ne parviendra pas à extirper le onze anglais de sa médiocrité. Il aura connu 63 sélections et inscrit trente buts.

En 1996, Manchester United et Alex Ferguson n’ont pas abandonné l’idée d’acquérir le buteur de l’Euro. Les propositions affluent à Blackburn, mais c’est Newcastle qui remporte l’enchère, en mettant sur la table quinze millions de livres, record mondial des coûts de transferts battu. Une somme qui démontre à quel point le club tenait au retour de l’enfant du pays. Dix ans plus tard, beaucoup trouveront les arguments pour critiquer le choix de Shearer : Avec Manchester, il aurait remporté de nombreux titres. Avec Newcastle, il en a remporté zéro.

Qu’importe, Shearer à Newcastle, c’était une évidence. A défaut de titres, il y a trouvé une âme, une identité. Oublié Southampton, oublié Blackburn, on n’imagine désormais plus l’enfant de Gosforth sous un autre maillot que celui des Magpies. "Wor Al" inscrit chaque saison sa quinzaine de buts. Il propulse le club dans le haut du classement, mais n’atteint jamais la première place. Il emmène l’équipe à Wembley pour deux finales de Cup, mais n’en remporte aucune [1]. Le club bénéficie d’un très fort soutien populaire et d’une aisance financière qui lui permet d’embaucher de grands joueurs et les entraîneurs les plus renommés du royaume [2]. Las, en dix saisons passées à Saint James Park, Alan Shearer n’aura pu donner à Newcastle le titre que la Toon Army attend depuis 1927, ou une FA Cup, dont la dernière remonte à 1955.

Après avoir maintes fois reporté la fin de sa carrière, Alan Shearer annonce au début de la saison 2005-2006 que celle-ci sera la dernière. Il lui reste le temps d’atteindre le record mythique de Jackie Milburn, 200 buts pour Newcastle, qu’il concrétise le 7 janvier 2006, lors d’une rencontre de troisième tour de FA Cup contre Mansfield Town. Le 17 avril, il inscrit son 206ème but contre Sunderland. Quelques minutes plus tard, suite à un choc, son genou lâche. Sa saison est terminée. Et sa carrière tout autant. Alan Shearer ne participera même pas à son propre testimonial organisé en fin de saison. Peu importe, il ne comptait de toutes façons pas partir. Ses crampons rangés, son souhait reste d’offrir un jour un titre à Newcastle. Sous le costume de manager qui lui semble promis. En attendant, officiellement nommé ambassadeur du club, Alan Shearer donne son avis sur les joueurs et dispense quelques conseils à l’entraîneur. Un rôle, ajouteront les mauvaises langues, qu’il occupe en fait depuis longtemps.

  • [1] Victoires 2-0 d’Arsenal en 1998 et de Manchester United en 1999
  • [2] Kevin Keegan, Kenny Dalglish, Ruud Gullit, Bobby Robson, Graeme Souness...