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Allardyce, play it again Sam
Allardyce, play it again Sam
Rian Gyggs - Article publié le vendredi 13 octobre 2006
Sam Allardyce est l’homme sans qui on ne parlerait guère de Bolton Wanderers aujourd’hui. Cet ancien joueur pas vraiment connu pour son charisme est parvenu à faire d’un club qui n’en possédait guère plus (de charisme) un acteur majeur de la Premier League.

Mourinho est une star. Beau gosse, classe naturelle, déjà vainqueur de deux Coupes d’Europe, plusieurs Championnats, Coupes et autres trophées, il règne en maître sur la Premier League depuis deux ans, dirige les meilleurs joueurs de la planète et dispose d’un budget illimité. Clap clap... Sam Allardyce est gros et moche. Il entraîne une tripotée de retraités talentueux mais incapables de finir leur carrière proprement dans un grand club. Tout ça dans la morose banlieue de Manchester, avec un budget rationné comme si Bolton était en guerre. Flop flop ? L’écart entre les deux est-il si grand qu’il paraît ? Allardyce est-il l’archétype de l’entraîneur Britannique engoncé dans ses vieilles méthodes et ses habitudes alimentaires aux limites du comestible ?

Sam Allardyce naît il y a un demi-siècle (1954) au milieu de la cambrousse (Dudley, West Midlands). Le papa policier et sa femme au foyer répètent à l’envi que le petit est une erreur. Arrivé quinze après sa sœur et cinq ans après son frère, Sam vit une enfance douloureuse et malheureuse où il se découvre très tôt des talents pour le cynisme et l’autodérision : « Tu as du passer une bonne soirée, ce samedi-là hein Papa ? » adressera-t-il à son père, en référence au moment où l’erreur a été conçue. Il cherche à fuir sa dyslexie et son échec scolaire dans son club favori, Wolverhampton Wanderers. C’est dans les gradins de ce club qu’il décide, à 9 ans, de devenir footballeur professionnel.

A 15 ans, il débarque bien aux Wanderers, mais ceux de Bolton. Il signe un contrat pro à 17 ans, joue son premier match de Championnat à 19, et reste fidèle aux Vagabonds et leur Burnden Park jusqu’en 1980. Il serait volontiers resté plus longtemps mais l’argent n’y coule pas à flots (déjà). De son aveu, le plus dur n’est pas de partir, mais de convaincre sa femme, qui se voyait rester sa vie entière dans cette charmante bourgade de Bolton. Sa femme et ses enfants comprennent finalement son besoin d’aller voir ailleurs, d’être reconnu à sa juste valeur. A partir de ce moment-là ils seront toujours pour lui un soutien indéfectible. Onze années à Bolton où il aura pu se faire une solide réputation de défenseur central rugueux. Onze années pour remporter un seul titre, celui de Second Division en 1977-78, accompagné comme il se doit de la promotion en First Division.

En route pour... Sunderland. Le "Allardyce Wanderer Live Show On Tour" fait escale à Millwall, Tampa Bay Rowdies, Coventry City, Huddersfield Town, re-Bolton. Un an ou moins dans chaque club, histoire de voir du pays et de faire grimper les contrats. Il gagne de l’argent et de l’expérience, qui le mènent en 1986 à Preston North End. Capitaine, il mène son équipe à la promotion dès la première année. Deux ans plus tard, la transition vers le métier d’entraîneur est amorcée à West Bromwich Albion. Deux ans comme entraîneur-joueur. Il continue son numéro d’homme-orchestre sur l’île d’à côté, et permet à un Limerick fauché d’accéder à la surprise générale à la première division irlandaise. De cette époque, il se souviendra avoir fait la quête aux donations pour renflouer les caisses du club, errant dans la ville chaque vendredi soir accompagné du prêtre local.

L’étape suivante sera, à 38 ans, la dernière en tant que joueur. Preston North End l’accueille comme joueur-assistant du coach, il finira l’année comme entraîneur titulaire, le manager étant viré à peine dix matchs après le début de saison. Malgré l’arrivée d’un nouvel entraîneur, il reste dans le staff de Preston comme assistant. La page de joueur vagabond étant définitivement tournée, il reste à commencer pour de bon le prochain chapitre de la saga Allardyce, celle qui transforme Sam en "Big Sam".

En 1994, Blackpool lui offre le poste rêvé. Il prend ses marques la première année, et la deuxième année, le club réalise la saison que les fans attendaient depuis bien longtemps. Bloomfield Road s’enflamme à chaque match, et très rapidement l’équipe devient leader de son championnat. La promotion se rapproche, mais les sept derniers matchs sont une catastrophe inexplicable. Sept matchs sans victoire, pour monter il faudra passer par les play-offs. 2-0 pour les Tangerines à l’aller. 0-3 au retour. Big Sam est bon pour le chômage.

Six mois d’attente nerveuse plus tard, Notts County l’accueille. Nous sommes en janvier 1997 et le club est dernier de la Second Division. Sa place à la fin de l’année sera la même. Mais Big Sam a pris soin de préparer la saison à venir. La promotion est au bout d’un parcours quasi sans-faute. Sam et Notts effacent tous les records. Le titre de Third Division est acquis avec 99 points, dont 19 d’avance sur le deuxième, du jamais vu. C’est même la première fois depuis l’après-guerre qu’une équipe assure sa montée dans la division supérieure à la mi-mars. La saison 1998-99, le club se maintient en Second Division. Le début de la troisième saison Allardyce se fait en fanfare. Les performances du club à Meadow Lane et à l’extérieur sont appréciées par toute l’Angleterre, dont Bolton en First Division, qui demande le retour de son enfant. Le gros moustachu, tout heureux de retrouver ses pénates, ne peut résister.

Si l’allure du Bolton de 2006 ne vous semble pas magique, celle du Bolton de 1999 est carrément médiocre voire misérable. Et pourtant, la première année, Bolton atteint la demi-finale de la FA Cup et les play-offs. Tout ça pour rater la montée contre Ipswich Town et perdre leurs trois meilleurs joueurs : Fish, Jensen, et Gudjohnsen. Le business plan impose à Allardyce de patienter trois ou quatre ans avant de tenter à nouveau la montée en Premiership. "Bollocks to that, I’ll do it sooner" ("Au diable vos prévisions, j’y parviendrai plus vite que prévu") répond-il au président.

Lors de sa deuxième saison à Bolton, Big Sam fait tomber la moustache et atteint encore une fois les play-offs. West Ham mène le match aller 2-0, quand l’inspiration du Big Sam frappe à la porte. A une demi-heure de la fin, il sort Colin Hendry, le joueur le moins pire du club à l’époque. Ce dernier n’en revient pas. Pas plus que Holdsworth, le meilleur buteur du club, qui fait aussi les frais du changement tactique. Le public siffle haut et fort le manager, qui prouve pourtant son talent. Le 4-4-2 statique se mue en 4-3-3 qui étouffe WBA. 2-2. Le match retour est gagné. En finale, Preston North End est balayé façon Aimé Jacquet. Et 1, et 2 et 3-0.

Revoilà Bolton en Premiership. Oui, mais sans le sou et sans un joueur correct. Heureusement, il y a Big Sam et ses méthodes modernes. Big Sam qui s’inspire de son année passée en Major League, aux Etats-Unis, avec les Rowdies. Le club partageait en effet ses installations avec les Boucaniers de Tampa Bay. Allardyce a beaucoup observé et retenu de la NFL, un sport très avancé où chaque détail est pris en compte. Il se sert notamment de cette expérience pour calmer l’impulsif El hadji Diouf à grands coups de séances psy.

Après une relégation évitée de justesse en 2003, Bolton finit par la suite quasi systématiquement dans le haut du Championnat, atteint la finale de la Carling Cup (Coupe de la Ligue) en 2004 (défaite 2-1 contre Middlesbrough). En 2005-06, le Liverpool champion d’Europe est autorisé à participer à la Champions League malgré sa cinquième place en championnat, à égalité de points avec Bolton, qui jouera tout de même là la première saison de son histoire en Coupe d’Europe.

Son coaching original, sa capacité à attirer et relancer les gloires en mal de motivation  [1] lui valent les faveurs du public qui le place dans la liste des prétendants anglais pour remplacer Eriksson à la tête de la sélection anglaise, mais aussi celles de la presse qui voit en lui un excellent stratège et tacticien, comme le prouvent ses chroniques régulières au magazine Four-Four-Two.

Alors qu’il reste encore quelques années dans le contrat de dix ans signé avec Bolton et que Big Sam participe activement au sein de la LMA (League Managers Association), certains le voient finir sa vie au club, ce qu’il dément, certain qu’il ne veut pas devenir un nouveau Ferguson (il y a encore du chemin). Les choses pourraient d’ailleurs finir plus vite que prévu si les accusations de corruption révélées par la BBC à son encontre sont confirmées par l’enquête officielle de la FA.

Sur les 450 managers à avoir exercé de 2000 à 2005 en Angleterre, seulement 50 restent en exercice aujourd’hui (statistiques LMA), dont Allardyce. Derrière le bedonnant et d’apparence limité manager de la banlieue mancunienne, il y a bien un vrai manager plein de vie et de talent (3 promotions et 2 titres) qui se cache. De temps en temps il brille, d’une lueur qui n’a rien à envier à celle d’un Mourinho qu’il respecte énormément. Un jour, Big Sam mènera Bolton et le Reebok Stadium à un titre, puis se retirera en famille. A Bolton, bien sûr.

[1] voir notre article Génération Bolton