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Kenny Dalglish, the last king of Scotland
Kenny Dalglish, the last king of Scotland
Richard N. - Article publié le vendredi 6 octobre 2006
Parmi les joueurs qui ont émerveillé le football de notre enfance, Kenny Dalglish, roi d’Ecosse et du Merseyside, représentait plus que d’autres le modèle absolu du footballeur britannique.

Lorsque Bob Paisley vient rendre visite à son ami Jock Stein au cours de l’été 1977, celui-ci lui parle de Kenny Dalglish, le capitaine du Celtic, en termes élogieux : « Kenny, c’est le rêve vivant de tout entraîneur. Il ne boit pas, ne fume pas, ne sort pas quand vient la nuit. Du mois d’août au mois de mai suivant, il consacre sa vie au football... » [1]. Le manager du Celtic achève de convaincre son homologue de Liverpool, qui hésitait encore vu la somme demandée pour un transfert : 440.000 livres. Mais comme le club du Merseyside a quelques liquidités depuis la vente de Keegan à Hambourg, l’affaire se fait rapidement. Les fans de Liverpool auront l’occasion de constater que le vieux Jock ne s’est pas moqué d’eux. D’entrée, Dalglish s’adapte à sa nouvelle équipe, marquant un but dès son premier match à Anfield. Le Kop lui dédie un refrain : « King Kenny, King of the Kop », qui rappelle étrangement celui consacré à Kevin Keegan. Neuf mois plus tard, à Wembley, il inscrit le but de la victoire de Liverpool en finale de la Coupe d’Europe. L’ironie de l’histoire rapporte que onze ans plus tôt, Kenny, à l’âge de quinze ans, avait passé un test à Anfield sans être retenu.

Kenneth Mathieson Dalglish est né le 4 mars 1951 à Dalmarnock, dans l’est de Glasgow. Son père est un ingénieur protestant qui l’élève dans le quartier de Govan, à quelques encablure du stade d’Ibrox. Naturellement, Kenny devient un fan des Rangers. A l’école de Milton Bank, il intègre l’équipe scolaire comme gardien de but, avant de passer à l’attaque. Il est sélectionné dans les équipes scolaires, inscrit deux buts lors d’un match contre l’Irlande du Nord, et son nom paraît déjà dans quelques entrefilets de la presse britannique. Dalglish aurait voulu rejoindre les Rangers, qui ne s’en sont jamais intéressé. Refusé à Liverpool, refusé à West Ham également, il rejoint finalement le Celtic lors de ce bel été 1967 où le club est revenu de Lisbonne couvert de gloire. Après avoir été formé à Cumbernauld United, la pouponnière à champions du Celtic, il dispute son premier match en équipe première le 25 septembre 1968, pour un quart de finale de la Scottish Cup remportée 4-2 devant Hamilton. Le 2 janvier 1971, un Rangers-Celtic à Ibrox est le théatre d’une tragédie où 66 personnes trouvent la mort dans une bousculade provoquée par un but de dernière minute. Kenny Dalglish n’a pas joué cette rencontre, mais il est présent. D’autres drames similaires vont marquer sa carrière.

Dalglish devient titulaire du Celtic à partir de la saison 1971-72. Jock Stein n’a pas voulu « griller » trop tôt son joyau. Mais lorsque celui-ci inscrit six buts lors d’un match amical face à Kilmarnock (score final : 7-2), Stein ne peut plus s’en passer. Le 10 novembre 1971, Dalglish honore sa première sélection avec l’équipe d’Ecosse lors d’une rencontre face à la Belgique. Il participera à la Coupe du Monde 1974 en RFA, où le onze au chardon ne passera pas le premier tour. Lors de la saison 1972-73, où il devient véritablement attaquant, il inscrit 41 buts toutes compétitions confondues. En 1975-76, il devient le capitaine du Celtic, au cours d’une saison particulière ou Jock Stein, victime d’un accident de voiture, est absent une bonne partie de la saison, et où le Celtic n’obtient aucun trophée, pour la première fois depuis douze ans. Dalglish, qui souhaitait quitter le Celtic, reste une saison de plus, celle ou les Bhoys réalisent le doublé Scottish Cup/League Cup. Au printemps, Dalglish marque le but de la victoire de l’Ecosse à Wembley (2-1), une victoire qui déchaînera la joie féroce de la Tartan Army, qui envahira la pelouse et démontera les poteaux de buts. Dalglish a remporté cinq championnats, quatre scottish Cup et une League Cup. Il a inscrit 167 buts. Il estime avoir fait le tour de la question et annonce qu’il quitte le Celtic.

En 1977-78, à Liverpool, Dalglish endosse le numéro 7 de Kevin Keegan. Pour faire bonne mesure, il inscrit son premier but officiel après sept minutes de jeu pour son premier match à Middlesbrough. Il inscrit également un but pour son premier match de championnat à Anfield contre Newcastle. Il inscrira en fait cinq buts lors de ses six premiers matches en rouge. Il réalise un triplé face à Wolverhampton en mars, puis un autre contre Manchester City en fin de saison. Pour sa première saison, il marque au total trente buts, dont celui de la finale contre Bruges à Wembley qui permet aux Reds de conserver le trophée européen [2]. Dalglish meilleur que Kevin Keegan ? Avec son numéro 7 dans le dos, l’écossais ne peut éviter la comparaison avec son prédécesseur. Les supporteurs de Liverpool n’ont jamais admis que leur meilleur joueur puisse quitter leur club, et n’hésitent donc pas à dire que Dalglish est meilleur. La remarque est renforcée par le 6-0 infligé par les Reds au Hambourg de Keegan, venu disputer à Anfield le match retour de la super coupe d’Europe.

En juin 1978, Dalglish participe à la Coupe du Monde en Argentine. Ne cachant pas leur intention de revenir avec le trophée tant convoité, les Ecossais sont pourtant sortis au premier tour après deux matches piteux face au Pérou (1-3) et l’Iran (1-1) et une victoire (3-2), belle mais insuffisante contre les Pays Bas. L’échec coûte sa place au sélectionneur Ally McLeod. On fait appel à Jock Stein, lequel décide de faire de Dalglish le capitaine de la sélection. Mais après quatre matches, le brassard sera confié à Archie Gemmil, joueur de Nottingham Forest. La sélection écossaise fait ainsi l’écho de la rivalité Nottingham-Liverpool qui sévit au niveau des clubs. C’est Forest qui cloue Liverpool au premier tour de la Coupe d’Europe 1978-79. Mais en championnat, les Reds font forte impression, en raflant le titre avec le nombre record de 68 points. Invaincu à domicile, les Reds n’ont concédé que seize buts. Dalglish, qui en a inscrit vingt-cinq, est sacré footballer of the year. Même si l’Europe sourit à Nottingham, Liverpool est bien le plus grand club anglais de cette période. Kenny et les Reds remportent quatre titres et deux nouvelles Coupes d’Europe entre 1980 et 1984.

Impeccable en club, Dalglish ne connait pas la même réussite avec l’équipe d’Ecosse. Celle-ci est pourtant régulièrement présente en phase finale, mais elle ne passe guère le premier tour. Blousés par le goal-average en 1974, humiliés par leur propre suffisance en 1978, les Ecossais auraient sans doute fait une belle Coupe du Monde en 1982, s’ils n’étaient pas tombé dans un groupe ardu, composé d’un Brésil quasiment intouchable et d’une URSS fortement géorgienne, contre qui pourtant les hommes de Jock Stein vont réaliser un mémorable 2-2. Quatre ans plus tard, Kenny Dalglish, blessé, ne pourra se rendre au Mexique. Il connaitra sa 102ème et dernière sélection en novembre 1986 à Luxembourg (victoire 3-0). Il aura marqué trente buts, autant que Denis Law.

En 1985, Liverpool est en route pour remporter une cinquième Coupe d’Europe. La veille de la finale, l’entraineur Joe Fagan a confié, hors micro, qu’il quitterait ses fonctions de manager. Son successeur est déjà connu, Kenny Dalglish. Malheureusement, un événement beaucoup plus douloureux va reléguer ce passage de témoin au second plan. Ce 29 mai 1985, c’est le drame du Heysel, trente-neuf personnes qui trouvent la mort suite aux charges des hooligans anglais dans les tribunes des tifosis italiens. Liverpool, comme les autres clubs anglais, sera interdit de Coupe d’Europe pour une durée indéterminée (la sanction prendra fin en 1991), mais restera malgré tout au sommet. Le nouveau manager n’a pas voulu quitter les crampons et demeure pendant deux ans entraîneur-joueur. Mieux, Kenny demeure l’homme qui inscrit le but du seizième titre des Reds, le 3 mai à Chelsea (0-1). Une semaine plus tard, les Reds battent Everton à Wembley, et Dalglish réalise avec Liverpool un doublé Cup-Championnat que ni Shankly, ni Paisley, ni Fagan n’avaient réussi avant lui. Il est élu Manager of the Year dès sa première saison.

Par la suite, sans abandonner le terrain, Dalglish réalise ses premiers "coups" de manager. Suite au départ (controversé) de Ian Rush à la Juventus, Kenny réalise son premier gros transfert avec la venue de John Barnes (Watford). Il s’attache également les service de Peter Beardsley (Newcastle). Après une saison 1986-87 en demi-teinte, Liverpool redevient Liverpool en 1988, ne concédant sa première défaite qu’après vingt-neuf journées (battu par Watford, 0-1). Le gardien Bruce Grobbelaar est quand à lui demeuré 994 minutes, toutes compétitions confondues, sans encaisser le moindre but. Champion à quatre journée de la fin, Liverpool perd néanmoins la finale de la FA Cup devant Wimbledon.

En 1989, un nouveau drame s’abat sur le parcours de King Kenny. Dans le stade Hillsborough à Sheffield, une bousculade dans la tribune interrompt la rencontre de Cup Nottingham-Liverpool et provoque la mort de quatre-vingt-seize personnes. Pour Dalglish, dont la carrière de joueur avait débuté avec la tragédie d’Ibrox en 1971 et s’était terminé avec le Heysel en 1985, c’est la troisième catastrophe auquel il assiste. Si Liverpool vénérait jusqu’alors le footballeur, elle va découvrir la richesse de l’homme. Face au malheur, le manager réclame de la dignité à ses joueurs et montre l’exemple. Il organise les visites des joueurs à l’hôpital, assiste aux enterrements, participe aux messes. Il fait preuve d’une disponibilité exceptionnelle auprès des familles, accepte les appels au beau milieu de la nuit et parle pendant des heures. Il consacre tout son temps à tenter d’apaiser les souffrances. Plus que jamais, toute la ville se retrouve derrière Kenny.

Quelques semaines après le drame, Liverpool dispute à Wembley une finale aussi forte sur le plan sportif qu’émotionellement [3] . Everton est battu 3-2 et les Reds semblent en route vers un nouveau doublé. Mais ils perdent le titre de façon rocambolesque face à Arsenal, à la dernière minute d’un match décisif à Anfield. La saison suivante, Liverpool est toujours aussi fort. Il récupère son dix-huitième titre de champion et atteignent les demi-finales de la FA Cup (où il sera battu 4-3 par un Crystal Palace qu’il avait pulverisé 9-0 en championnat...). Le 1er mai, à Anfield contre Derby, Kenny Dalglish fait sortir Jan Mölby à la 72ème minute et le remplace lui-même. Il a trente neuf ans et dispute le dernier match pro de sa carrière.

Le 22 février 1991, Liverpool est en tête du championnat, et sort d’un match d’anthologie à Goodison Park face à Everton, un match de FA Cup ponctué sur l’invraisemblable score de 4-4. Kenny Dalglish va pourtant voir le board du club, et lui annonce qu’il souhaite se retirer. Dans son autobiographie sortie en 1997 [4], il expliquera le poids qu’il continuait à porter suite à Hillsborough : « J’ai assisté à plusieurs funérailles, certaines dans la même journée. Ce furent des moments très éprouvants. Je ne m’en suis pas immédiatement rendu compte, mais j’avais besoin d’un break ». Remplacé par Ronnie Moran, il ne reviendra pas sur la banc de Liverpool. Dans son autobiographie toujours, il ajoute ; « Si le club m’avait rappelé en août, j’aurais accepté ».

Kenny Dalglish rejoint donc Blackburn, un club de deuxième division dont l’ambition se mesure à la fortune de son président Jack Walker. Les Rovers remontent parmi l’élite, puis, en 1995, arrachent leur premier titre du siècle. Dalglish est seulement le troisième manager de l’histoire à remporter le championnat d’Angleterre avec deux clubs différents [5]. Ironie de l’histoire, c’est à Anfield que les Rovers obtiennent leur titre. Bien que battus par les Reds, les coéquipiers de Shearer bénéficient de la défaite de Manchester United à West Ham. Le titre acquis, Dalglish avoue qu’il supporte mal la pression du banc. Il souhaite se contenter d’un rôle de directeur technique, confiant le rôle de manager à Ray Harford.

Blackburn redescend aussi vite qu’il était monté et Dalglish quitte le club en 1996. Au début de l’année 1997, il rejoint Newcastle, où il remplace... Kevin Keegan. Il est remercié comme un malpropre au début de la saison 1998-99 après deux matches de championnats et autant de défaites. En juin 1999, il boucle la boucle en rejoignant le Celtic. Directeur technique du club écossais, il a emmené dans ses bagages un entraineur nommé John Barnes. Celui-ci est viré en février 2000 suite à une défaite aussi inattendue que désormais fameuse face à Inverness Caledonian Thistle. Et Kenny retrouve le banc. Il n’y reste que jusqu’à la fin de la saison, limogé à son tour.

Depuis, King Kenny a pris ses distances avec le monde impitoyable du ballon rond. Il veille aujourd’hui sur son épouse malade, et suit avec fierté la carrière de sa fille Kelly, animatrice sur Sky Sports. La sélection écossaise, aujourd’hui tombée au rang des anonymes, attend toujours son successeur.

  • [1] cité par Jacques Thibert dans « L’année du football 1978 » (Calmann Levy).
  • [2] voir notre article Kenny, king of Wembley.
  • [3] voir notre article Merseyside derby in Wembley.
  • [4] Kenny Dalglish, my autobiography (1997 - Paperback). Pour la traduction en Français, on peut toujours attendre...
  • [5] Seuls deux managers avaient réussi cette performance avant lui : Herbert Chapman, champion avec Huddersfield en 1924 et 1925 puis Arsenal en 1931 et 1933, et Brian Clough, manager de Derby County 1972 et Nottingham Forest 1978.