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Bob Paisley, légende discrète
Bob Paisley, légende discrète
Richard N. - Article publié le mardi 14 février 2006
Bob Paisley, c’est l’homme qui a fait de Liverpool cette machine quasiment invincible entre le milieu des années 1970 et le début des années 1980. Portrait de l’un des plus grands managers anglais de l’histoire, disparu il y a tout juste dix ans.

En juin 1974, une page de l’histoire du Liverpool FC se tourne avec le départ de l’emblématique manager Bill Shankly. En plus de légitimes regrets qui accompagnent cette retraite plane au-dessus d’Anfield un certain scepticisme : La direction du club a confié l’équipe première à l’adjoint de Shankly. Un homme de la maison, certes, mais qui manque singulièrement de charisme, Bob Paisley.

Ce dernier est au club depuis trente-cinq ans. Depuis le 8 mai 1939 précisément. Ce jour-là, Paisley lâche son métier de maçon à Sunderland et ses copains du club amateur de Bishop Auckland pour signer pro à Liverpool. Milieu de terrain hargneux et infatigable, il dispute 278 matches avec son club de toujours, participant notamment à la conquête du titre 1947. Sa carrière de joueur s’arrête en 1954. Il aura inscrit treize buts.

Il s’apprête à retrouver les truelles et le ciment lorsque le club, jamais avare de récompenser tout service rendu à sa cause, lui propose de s’occuper de l’équipe réserve. Why not ? Le choix est d’autant plus judicieux que cinq ans plus tard, en 1959, débarque Bill Shankly. Celui-ci fait de Liverpool un grand club, et de Bob Paisley son préparateur physique, puis son adjoint. Et c’est tout naturellement qu’il le désigne, en 1974, comme son successeur.

Succéder à une légende vivante est tout sauf un cadeau. On reproche à Paisley sa discrétion, son caractère effacé, voir bougon, et de ne pas être un grand communicant. Ce à quoi il rétorque : "Je laisserai l’équipe parler pour moi...". Bref, sa nomination ressemble à un intérim.

Un intérim qui finalement dure neuf ans et à la fin de laquelle il aura fait mieux que Shankly : de 1974 à 1983, non seulement Liverpool règne sur le championnat anglais (six titres), mais il se hisse au sommet du football européen en remportant d’abord la Coupe de l’Uefa en 1976 puis la Coupe des Clubs Champions en 1977 (victoire 3-1 contre Moenchengladbach à Rome), "la plus belle soirée de l’histoire du club" selon Paisley. Les Reds conservent la coupe aux grandes oreilles en 1978 puis vont l’arracher des mains de Nottingham trois ans plus tard.

Paisley ne s’est pas contenté de "gérer l’héritage" de son illustre prédécesseur. Il a incorporé plusieurs recrues de choix à l’effectif : Phil Neal, Alan Hansen, Terry McDermott, Kenny Dalglish, Graeme Souness, Ronnie Whelan, Bruce Grobbelaar, Ian Rush pour ne citer que les plus fameux. Côté tactique, il a effectué quelques paris assez judicieux comme celui de métamorphoser l’attaquant Ray Kennedy en milieu gauche, sans doute le meilleur joueur que le club ait jamais connu à ce poste là. A six reprises, Paisley est élu meilleur manager du championnat anglais (1976, 1977, 1979, 1980, 1982 et 1983). Il a fait de Liverpool un mélange de fighting-spirit à l’anglaise et de technicité latine qui déroutait autant ses adversaires insulaires que ceux du continent. Bref, une équipe invincible ou presque : "Des moments difficiles à Liverpool ? Bien sûr que j’en ai connus. Une saison, on avait terminé deuxième." avait plaisanté la légende au moment de faire son bilan.

En 1983, Paisley cède sa place à son adjoint, Joe Fagan. "En toute modestie, déclare-t-il, je crois pouvoir dire que j’ai joué mon rôle dans l’histoire du club et dans ses succès...". Couvert de gloire, il avoue avoir pourtant un petit regret : n’avoir jamais remporté la FA Cup. Comme joueur, il a perdu la finale 1950 (Arsenal, 0-2). Comme entraîneur, il s’inclinera en 1977 (Manchester United, 1-2).

Il reste au sein du club comme "conseiller" jusqu’en 1992. Atteint de la maladie d’Alzheimer, Paisley s’éteint quatre ans plus tard, à soixante-dix-sept ans. Aux moment des hommages, Graeme Souness déclarera : "Tant qu’existera le Liverpool FC, Paisley sera présent dans la mémoire de tous."