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The man don’t give a f*ck
The man don’t give a f*ck
Islero - Article publié le mardi 1er novembre 2005
Robin Friday a été élu meilleur joueur de l’histoire de deux clubs. L’un de ses buts postule au titre de plus beau de tous les temps. Il pointe ses doigts sur la pochette d’un single des Super Furry Animals. Sa biographie a pour titre "The Greatest Footballer You Never Saw". Portrait d’un joueur culte.

Robin Friday a été l’objet d’un best-seller il y a quelques années [1]. Il a été choisi pour être sur la pochette d’un single des Super Furry Animals. Il a été élu joueur du millénaire par DEUX clubs, Reading et Cardiff City. Il a marqué un but énorme contre Tranmere : contrôle à 35 mètres dos au but, deux jongleries et volée pied droit en lucarne enchaînée, chef-d’oeuvre retenu comme étant celui du siècle. Bienvenue dans le monde peu ordinaire d’un joueur extraordinaire.

Pisté pendant de nombreuses années par les recruteurs de tous les clubs de Londres (Arsenal, Crystal Palace et autres), Friday n’a jamais voulu quitter Reading, un club de D4 où il jouissait d’un statut de superhéros. Il faut dire que tous les recruteurs des clubs de D1 étaient horrifiés par ses extravagances, même si son talent seul l’aurait probablement fait international.

On savait s’amuser dans les années 70 et le championnat professionnel était rempli de joueurs originaux et imprévisibles, mais Robin Friday faisait passer Georgie Best lui-même pour un enfant de choeur. Non content de boire comme un trou et de fumer comme une cheminée avant les matches, Robin arrivait quelquefois totalement perdu sur le terrain à cause de sa consommation un peu excessive d’acides en tout genre. Ce qui ne l’empêchait pas, une fois toutes les substances dissipées, d’être invariablement le meilleur joueur des quatre-vingt minutes.

Après le match, une nouvelle tournée au pub s’imposait, le plus souvent avec une bagarre à la clef, puis une sortie dans les boites de nuits des environs. Pour la petite histoire, Robin Friday était un grand fan de talons compensés et de manteaux en fourrure, très à la mode ces années là. Le gros problème c’est qu’il ne mettait rien dessous, plus pratique pour danser, c’est vrai. La nuit se finissait plutôt le matin avec du Led Zeppelin à fond, de la boisson, des substances prohibées et quelques filles... L’entraîneur de Reading lui avait même trouvé un appartement dans une résidence pour personnes âgées sourdes pour ne pas avoir de problème !

Les spectateurs de Elm Park, le vieux stade de Reading, avaient souvent droit à un Robin Show pendant les matches. Celui-ci pouvait aller embrasser un policier et jouer quelque temps avec sa casquette sur la tête, sa manœuvre favorite était d’aller baisser les shorts de ses adversaires. Ou bien d’allonger un défenseur trop rugueux d’un bon crochet du droit pendant que l’arbitre ne regardait pas. Lorsqu’il était trop rudoyé par les défenseurs, il passait souvent dans les vestiaires de l’équipe visiteuse pour uriner sur les habits de ses bourreaux du match ou pire. Son expulsion la plus cocasse eut lieu lorsqu’il dribbla deux défenseurs, le gardien, se retourna pour faire un geste obscène au portier, arrêta la balle devant la ligne, s’allongea et marqua en poussant la balle de la tête. Bref il était totalement fou !

Quelques séjours en prison ont bien sûr émaillé sa carrière. Il a attaqué un chauffeur de taxi avec une fourchette en plastique (les acides font vraiment faire n’importe quoi), monté sur le toit du bus de son équipe en faisant du mooning, volé un cygne (oui ! oui !) lors d’un séjour à un hôtel, fait d’autant plus aggravant qu’en Angleterre, tous ces volatiles appartiennent à la Reine... Malgré cette vie pas vraiment dédiée au football, il a fini meilleur joueur les trois saisons jouées à Reading avant de partir à Cardiff City. Charlie Hurley, le manager de Reading, savait que son joueur vedette se droguait de plus en plus et ne pouvait plus le contrôler.

L’intersaison de son transfert se passa dans une communauté hippie en Cornouailles, ce qui donnait tout de suite le ton. La veille de son premier match sous le maillot des Bluebirds, Robin Friday trouva le moyen de sortir tard, de boire jusqu’à plus soif et de ramener une douzaine de bouteilles de bière chez lui... avant de se faire coffrer pour avoir fraudé en prenant le train pour aller jouer à Ninian Park, et même déclenché une bagarre. Libéré juste à temps pour le match, il fut l’objet d’un marquage du grand Bobby Moore, mais marqua deux buts, avec à la prime un pincement des testicules du vainqueur de la World Cup.

La carrière de Robin Friday se termina après un trop fameux Cardiff City-Luton Town où, après avoir maille à partie avec Milija Aleksic, le gardien des Hatters, il ne cessa de le provoquer et lui marqua deux buts. Après le second, Friday se retourna et fit un magnifique ‘V sign’ au gardien (photo sur la pochette des Super Furry Animals) et déclencha une émeute. L’hiver suivant après de moultes suspensions dues au match contre Luton, il quittait le football à 26 ans. Il mourut à 39, mais pour beaucoup il restera le plus grand footballeur que vous n’ayez jamais vu et l’objet d’un culte.

  • [1] "The Greatest Footballer You Never Saw : Robin Friday Story" (1998 - Mainstream Sport), signé Paul McGuigan et Paolo Hewitt.