archives kick'n'rush
TELEGRAPH . FIGURES . HISTORY . FICHES CLUB

Bobby Moore, workin’ class hero
Bobby Moore, workin’ class hero
Richard N - Article publié le mardi 19 avril 2005
Bobby Moore, capitaine de West Ham et du onze anglais de 1966, était, au même titre que la Reine Elisabeth et les Beatles, l’image que l’Angleterre des années 1960 aimait se donner d’elle même.

La légende du foot a retenu deux images fortes de Bobby Moore : La première date du 30 juillet 1966 où un jeune rouquin au maillot rouge est porté en triomphe par ses coéquipiers alors qu’il brandit la Coupe Jules Rimet. La deuxième a été prise quatre ans plus tard à l’issue d’un match Angleterre-Brésil où, bon perdant, l’Anglais bon teint échange son maillot avec son prestigieux adversaire, le roi Pelé.

Bobby Moore n’était pas aussi doué que Bobby Charlton, mais beaucoup plus charismatique. Sa présence et son engagement physique plaisaient d’autant plus que l’homme était d’une correction exemplaire. Son palmarès ressemble à une série de marches gravies une par une : 1964, il remporte la FA Cup. 1965, il s’adjuge la Coupe des Vainqueurs de Coupes. 1966, il est champion du Monde. Ces trois trophées, il les a acquit dans ce qu’il considérait comme sa résidence secondaire, le stade de Wembley. Et au nom d’un club où il a fait l’essentiel de sa carrière entre 1958 et 1974, West Ham United. Car si l’Angleterre fut championne du Monde en 1966, c’est bien grâce à West Ham. Allez demander à un supporter des Hammers si par hasard vous ne nous croyez pas.

Robert Frederick Chelsea Moore est né le 12 avril 1941 à Barking. Il passe son enfance à East End, une banlieue de Londres qui n’a rien d’un décor de carte postale. Son père bosse douze heures par jour dans les forges de la Tamise. A la Tom Hood Grammar School de Leyton, le jeune Bobby manifeste d’évidentes qualités dans les deux sports majeurs d’Albion, le foot et le cricket. Sa réputation s’étend jusqu’aux oreilles des dirigeants de West Ham United qui lui proposent, en août 1956, de quitter l’école pour tenter l’aventure du foot pro.

Le 8 septembre 1958, il débute comme attaquant au sein de l’équipe fanion du club londonien, lors d’une rencontre face à Manchester United. Il a dix-sept ans. Il s’installe tranquillement au sein de l’équipe de Ron Greenwood, qui le recadre par la suite au milieu du terrain. Sa sobriété fait merveille. Ses partenaires apprécient son abnégation et surtout la qualité de ses passes grâce auxquelles ils inscrivent de nombreux buts.

En 1962, alors qu’il n’a pas disputé la moindre rencontre avec l’équipe d’Angleterre (hormis les équipes de jeunes), il est convoqué par Walter Winterbottom pour la Coupe du Monde au Chili. Sa première sélection, il la connaît à Lima le 20 mai pour un match de préparation remporté 4-0 face au Pérou. Suffisamment convaincant pour être titularisé à chacun des quatre matches de l’équipe anglaise en Coupe du Monde. Une aventure qui s’arrête en quart de finale face au Brésil (1-3).

Bobby Moore se marie en 1962 avec le mannequin Tina Dean. Il devient en mai 1963 le capitaine de la National Team et l’une des personnalités les plus appréciées d’Angleterre. La formidable épopée 1964-1965 de West Ham, dont il est le capitaine et la figure de proue, renforcent son aura. La victoire en FA Cup face à Preston le 2 mai 1964 à Wembley s’accompagne en fin d’année du titre envié de Footballer of the Year. Dans la foulée, West Ham s’impose la saison suivante à l’échelon européen en remportant la Coupe des Vainqueurs de Coupes aux dépens de Munich 1860. C’est ensuite la World Cup 1966 remportée par les hommes de Alf Ramsey. Deux joueurs de West Ham inscrivent les buts de la victoire finale (4-2 contre l’Allemagne) et Bobby Moore brandit le trophée sous le soleil londonien.

Quatre ans plus tard, Moore est de l’aventure au Mexique où le onze anglais défend son titre. Quelques jours avant que ne débute le tournoi, une bijouterie de Bogota l’accuse de vol. L’affaire prendra une ampleur considérable avant qu’elle ne retombe, l’innocence du capitaine anglais ayant rapidement été prouvée. Le sélectionneur Alf Ramsey en profitera pour lancer un bon mot : "Bobby n’est pas un voleur. Il est suffisamment riche pour acheter la bijouterie entière". Déstabilisée par cette affaire, mais aussi par l’hostilité du public mexicain, par une erreur de coaching du sélectionneur et une soif de revanche des Allemands, l’Angleterre perdra son titre en quart de finale.

La carrière de Bobby Moore est loin d’être terminée. Il dispute sa centième sélection avec le onze anglais le 14 février 1973 lors d’une rencontre face à l’Ecosse. Le 6 juin 1973 contre la Pologne, c’est sa 105ème sélection, où il égale le vieux record de Billy Wright (105). Un chiffre qu’il poussera jusqu’à 108 le 14 novembre 1973 pour une ultime rencontre face à l’Italie.

En mars 1974, après avoir disputé plus de 500 matches avec West Ham, il rejoint Fulham, club de deuxième division avec lequel il retrouvera Wembley, en 1975, pour une finale de la FA Cup perdue contre... West Ham. Il traversera ensuite l’Atlantique pour rejoindre la NASL, la fameuse ligue où Pelé et autres Chinaglia tentent d’implanter le soccer aux Etats Unis.

Si sa carrière fut riche, sa vie d’homme ne connait pas la même réussite. Un divorce douloureux et des problèmes d’alcool plombent sa reconversion. En 1978, il tente en vain une carrière d’entraîneur, notamment à Oxford, un club privé de moyens. Il est finalement embauché comme représentant par une société de marketing sportif. Son métier consiste à "être Bobby Moore". Il arrondit ses fins de mois comme consultant TV, et fait même l’acteur aux cotés de Pelé et Sylvester Stallone dans "Escape To Victory" de John Huston.

En février 1993, Bobby Moore, 52 ans, se rend à Wembley pour assister à un match amical de l’équipe d’Angleterre. Affaibli, la démarche hésitante, il peine à s’asseoir sous le regard bouleversé de ses voisins de la tribune de presse. Il se tourne vers l’un des ses amis, le journaliste Jeff Powell, et lui confie : "Ben quoi ? C’est un cancer. Il n’y a rien de honteux à cela, non ?". Quelques jours plus tard, le 24 février 1993, Bobby Moore succombera au mal qui s’était révélé deux ans plus tôt.

Soulevé par ses coéquipiers vers le ciel, Bobby Moore a emporté avec lui une certaine idée du foot anglais. Sa statue éblouit désormais Green Street dans l’East Londonien.