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Jock Stein, le roi lion
Jock Stein, le roi lion
Green Thistle - Article publié le lundi 14 mars 2005
John "Jock" Stein, l’entraîneur mythique des Lisbon Lions de 1967 a été élu ‘Greatest manager in Scottish football history’. Du mineur-joueur du Lanarkshire de l’après-guerre au glorieux entraîneur du Celtic des années 60, retour sur une carrière unique dans les annales du football écossais.

Pour tous ceux qui ont eu la chance de le côtoyer, il fut "the Big Man", "the Goliath with a limp" (le Goliath boitant), mais pour les fans du Celtic il fut et restera à jamais "GOD" (Dieu). "John... you’re immortal", lui avait même confié son ami le grand Bill Shankly, par une fameuse nuit de mai 1967 à Lisbonne.

Celui qui allait marquer à jamais l’histoire du football écossais (voire britannique, n’en déplaise à Messieurs les Anglais...) voit le jour le 5 octobre 1922 à Burnbank, dans le sud du Lanarkshire, au sud-ouest de Glasgow. Mineur de formation, John "Jock" Stein s’évade de l’univers rude des puits de charbon et chausse les crampons chaque samedi. D’abord sous les couleurs du club des Blantyre Victoria juniors puis sous celles des Albion Rovers de Coatbridge, dans la banlieue Est de Glasgow, où il évolue au poste de milieu axial.

Recruté par la réserve du Celtic en 1951, c’est finalement dans les rangs de l’équipe première qu’il fera ses débuts dans le grand bain, le club étant à l’époque passablement amoindri par les blessures successives de ses meilleurs éléments.

Ses qualités de meneur d’hommes font très vite de Stein une figure emblématique de l’équipe entraînée à l’époque par Jimmy McGrory. Ce dernier lui confie même le brassard de capitaine et les résultats ne tardent pas à suivre. En 1954, les Hoops réalisent le doublé League Cup-Scottish Cup. Une performance remarquable quand on sait que le Celtic n’a plus été champion depuis 1938 et que son dernier trophée remonte alors à 1951 (et à une Coupe d’Ecosse remportée contre Motherwell).

Mais le 31 août 1955, alors que l’Old Firm bat son plein, Jock Stein s’effondre, victime d’une grave blessure à la cheville qui le verra boiter jusqu’à la fin de ses jours. Sa carrière de joueur s’arrête précipitamment, dans la force de l’âge. Plus jamais il n’endossera la tunique vert et blanc du Celtic avec laquelle il aura pris part à 148 matches et marqué deux buts. Son avenir se construira ailleurs désormais.

Ailleurs mais dans le milieu du football. Comment aurait-il pu en être autrement pour celui qui, avant même d’être contraint de raccrocher brutalement les crampons, s’intéressait de près à tout ce qui touche au coaching et à la gestion d’une équipe ? Grand admirateur d’Helenio Herrera, l’entraîneur argentin de l’Inter des années 60, il a des idées bien définies sur la question et profite de sa nomination à la tête des équipes réserve et de jeunes du Celtic pour les mettre en œuvre avec succès. Sous ses ordres, les minots de Parkhead triomphent ainsi des Rangers en finale de la deuxième XL Cup en mars 1958.

Sûr de son fait et de ses aptitudes, Stein se verrait bien succéder à McGrory au poste d’entraîneur de l’équipe première. Pour sa plus grande déception, la direction du club ne lui propose alors qu’une place de manager commercial. Contacté par Dunfermline en 1960, c’est à l’East End Park qu’il fera ses premiers coups d’éclat.

Quand Stein débarque dans le Fife, la situation du club est quasi-désespérée. Noyés dans les profondeurs du classement, les Pars doivent absolument aligner six victoires consécutives pour sauver leur peau dans l’élite. Le défi est à la mesure de l’ancien mineur. Stein applique ses principes à la lettre - approche tactique et maîtrise du ballon - et le club échappe miraculeusement à la relégation. Le jeune entraîneur entre alors de plain-pied dans la légende du club et ce n’est qu’un début. L’année suivante, le Dunfermline Athletic enlève la Scottish Cup (face au Celtic...), le premier trophée de son histoire. Et que dire alors de la fantastique victoire 6-2 contre les Espagnols de Valence en Coupe des Villes de Foire 1962 ? Une performance tout bonnement invraisemblable de la part d’une équipe plus connue à l’époque pour ses flirts routiniers avec la zone de relégation en Deuxième division... Personne n’est dupe. La patte magique de Stein n’a évidemment pas été étrangère à cette réussite insolente.

Lorsque Jock Stein quitte le Fife pour la capitale et Hibernian, les fans ont du mal à tourner la page. Pour les supporteurs des Hibs en revanche c’est l’euphorie. Le séjour de Stein à Easter Road sera cependant de courte durée. Fort de l’expérience acquise à la tête des Pars, ce dernier aura tout de même le temps (et le mérite...) de faire renouer le club catholique d’Edimbourg avec le succès en remportant la Summer Cup contre Aberdeen en 1964.

Au mois de mars suivant, alors qu’il ne s’y attendait plus, le Celtic lui propose de faire son retour au club. Plus question cette fois d’avoir la charge de la réserve et encore moins d’occuper le fauteuil de manager commercial. A la clé, un poste d’entraîneur de l’équipe pro, son rêve de toujours. Enchanté à l’idée de retrouver l’ambiance survoltée de Celtic Park, Stein ne se fait pas prier et se met immédiatement au travail. De surcroît, privilège inestimable, il connaît bien les jeunes pousses du club pour les avoir vu grandir quand il s’occupait de la réserve. Les clés de la réussite sont entre ses mains et les résultats vont dépasser toutes les espérances du peuple vert et blanc.

De 1965 à 1978, le Celtic rafle tout sur son passage. En l’espace de treize saisons, ce sont pas moins de vingt cinq trophées qui viennent garnir les salons feutrés de Celtic Park, devenu le symbole de la réussite "made in Scotland". Sous les ordres de Stein, les Hoops décrochent dix titres de champion, dont neuf d’affilée entre 1965 et 1973, remportent huit Coupes d’Ecosse (et disputent trois finales) et s’imposent à six reprises en Coupe de la Ligue (dont ils disputeront sept autres finales).

Mais c’est à Lisbonne au mois de mai 1967 par une douce nuit printanière que le mineur de Burbank entre définitivement dans la légende du football écossais (et plus largement britannique). En s’imposant 2-1 [1] en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions face au grand favori de l’épreuve, l’Inter de Milan, déjà titré à deux reprises en 1964 et 1965, les Bhoys signent un première détonante. Le premier succès d’une équipe non latine en finale de Coupe d’Europe. Le Real de Madrid, Benfica, le Milan AC, l’Inter avaient jusque-là été les seuls clubs à briller au firmament du football continental. Jamais une équipe "du Nord", qu’elle soit allemande, néerlandaise, française, belge ou britannique n’était parvenue à réaliser un tel exploit. Et voilà qu’une bande de Glaswégiens pur jus - tous les joueurs sont nés dans un rayon de 30 kilomètres - créent la sensation à Lisbonne. Ils deviennent champions d’Europe et réalisent cette année-là un fantastique quadruplé en décrochant tous les autres titres en jeu : le championnat d’Ecosse, la Coupe d’Ecosse et la Coupe de la Ligue (auquel il faudrait ajouter pour être véritablement complet le BBC television Quizball trophy...). Une réussite absolue qui donnera des idées aux autres ténors du football britannique les années suivantes. En 1970, le Celtic goûtera à nouveau aux joies d’une finale européenne mais cette fois-ci avec moins de bonheur, s’inclinant 2-1 contre Feyenoord à San Siro.

Après cette folle nuit portugaise, la notoriété de Jock Stein est à son comble. Pour les fidèles du Celtic, il devient un véritable Dieu vivant. Son nom devient synonyme de réussite. Lorsqu’en juillet 1975, il est victime d’un grave accident de voiture, toute l’Ecosse s’en émeut. A son retour, l’équipe retrouve un homme assagi, moins emporté mais toujours aussi passionné. Sous ses ordres, les Bhoys réaliseront à nouveau le doublé Coupe-Championnat, en profitant au passage pour s’arroger le premier titre de Premier League.

La saison suivante, en 1977/78, les blessures de Conn et Stanton auxquelles est venu s’ajouter le départ de Dalglish pour Liverpool sonnent le glas des derniers espoirs de Stein de ramener à nouveau la Coupe d’Europe sur les bords de la Clyde. Alors que des rumeurs courent sur la dégradation de ses rapports avec la direction du club, Stein fait ses adieux à Celtic Park.

Après un court passage à Leeds (44 jours), la S.F.A fait appel à lui pour prendre en main la destinée de l’équipe nationale. Il y met toute son énergie et permet à l’Ecosse de se qualifier pour la phase finale de la Coupe du Monde 1982 en Espagne [2].

Trois ans plus tard, le 10 septembre 1985, alors que ses joueurs viennent d’arracher leur qualification pour le Mondial 1986 au Mexique à l’issue d’un match épique contre le Pays de Galles à Cardiff, Jock Stein s’effondre au coup de sifflet final. Victime d’une crise cardiaque, il tire définitivement sa révérence et quitte la scène à 62 ans.

Véritable légende de son vivant, Stein atteint au mythe après sa mort. Pour les fans du Celtic, sa prédilection pour le football offensif alliée à ses dons de meneur d’hommes ont soulevé des montagnes. Leur reconnaissance à son égard est sans bornes.

Mais la plus belle réussite dont Jock Stein, le Protestant de Burnbank, peut s’enorgueillir à juste titre, c’est loin des terrains qu’il faut la chercher. Premier non catholique à s’asseoir sur le banc du Celtic, Stein a su à sa manière abattre les hideuses barrières du sectarisme qui n’ont de cesse de resurgir dans le paysage glaswégien. Ainsi, ce n’est pas sans une certaine pointe de malice qu’il avait répondu à un journaliste qui lui demandait "entre un Catholique et un Protestant de même niveau, lequel des deux feriez-vous signer ?", "Le Protestant, bien sûr !", sachant pertinemment qu’il ne viendrait jamais à l’idée des Rangers de recruter un Catholique...

[1] Après l’ouverture du score de l’Inter par Mazzola sur penalty dès la 8e minute de jeu, le Celtic est d’abord revenu au score grâce à Tommy Gemmell à la 63e minute avant de s’imposer à cinq minutes du terme grâce à Stevie Chalmers.

[2] Le onze du chardon s’impose 5-2 contre la Nouvelle-Zélande, avant de s’incliner 4-1 contre le Brésil et de faire jeu égal 2-2 face à l’URSS. L’Ecosse rentrera au pays à l’issue du premier tour.