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George Best, le cinquième beatle
George Best, le cinquième beatle
Yann Rush - Article publié le vendredi 10 décembre 2004
George Best est probablement le meilleur joueur né sur une île Britannique. Et aussi le plus grand gâchis. Ballon d’Or à vingt-trois ans, le Paul Gascoigne des Sixties n’a jamais plus brillé par la suite... sur un terrain de football en tout cas.

En quête perpétuelle de nouveaux lecteurs, KnR se lance dans le sensationnel. Cet article fait partie d’un plan marketing mis en place par la rédaction, visant à cibler un nouveau lectorat. De nombreuses pages de publicité accompagneront cette biographie dans de nombreux magazines comme Voici, Gala, et autres Paris Match. Il faut dire que la vie de George Best est fascinante... pour qui n’aime pas le football. Commençons donc par ses frasques, dont il ne s’est d’ailleurs jamais caché.

Sa carrière est une succession d’entraînements manqués, de nuits passées en discothèque, au pub ou en prison, ça dépendait des nuits. Anecdote parmi d’autres : un garçon d’hôtel le trouve en compagnie de Miss Univers, £ 20000 sont éparpillés sur le lit en petite coupure. Soirée classique... La vie de Best fourmille de ce genre d’anecdotes. Il raconte lui-même que quand il jouait aux Etats-Unis, il vivait dans une maison proche de la mer et que, pour aller sur la plage, il lui fallait passer devant un bar. Il n’a jamais vu la mer !

Matt Busby, son premier coach, pas plus que les autres ensuite n’ont réussi à le contrôler. Le plus souvent, George Best manquait simplement l’entraînement. Il était pardonné le week-end suivant. Malheureusement, la situation n’allait pas en s’arrangeant. On allait l’apercevoir plus souvent par la suite à la une des tabloïds suite à une soirée arrosée que sur les terrains d’entraînement. En 1965, après son premier titre de champion d’Angleterre, il devient une rock star. Surnommé le cinquième Beatle, notamment pour sa coupe de cheveux atypique, il reçoit des milliers de lettres de fans par semaine, on l’aperçoit dans des pubs ou sur des podiums de mode. Best est à ce moment-là beaucoup plus qu’une star de football.

Sa double vie ne dure que jusqu’à ses vingt-cinq ans. Après ça, ses activités nocturnes prennent définitivement le pas sur ses activités professionnelles. Trente ans plus tard, il était rattrapé par ses excès. Il subit une transplantation du foie en 2001. Cela allait le calmer définitivement... pensait-on. Et on le retrouve en juillet 2003 dans une cellule après avoir fait le coup de poing avec un journaliste, après cinq jours de beuverie totale. Libéré, il passe sa journée au pub. Et l’on apprend qu’il trompe sa femme, 31 ans, avec une étudiante de 25 ans, Paula Shapland. Sa femme le quitte un mois plus tard. Et l’on apprend qu’il a une suspension de permis pendant vingt mois pour avoir conduit avec deux fois et demi le taux légal d’alcool dans le sang. C’était en février dernier... Et le jeu dans tout ça ?

Malheureusement, ce que vous venez de lire restera dans les mémoires plus longtemps que ses exploits footballistiques. Et pourtant, George Best était un génie. En six saisons avec Manchester United, il a marqué 115 buts en 290 matchs. Il a remporté deux fois le championnat, la Coupe des Champions 1968 et fut Ballon d’Or cette même année 68. Best était le joueur parfait, efficace en attaque, insaisissable au milieu de terrain. Graham Williams, joueur de West Bromwich à qui Best avait fait toutes les misères du monde lors de son premier match rencontra un jour Best et lui dit : « Mets-toi là et montre moi ton visage ! Tout ce que j’ai jamais vu de toi est ton dos s’éloignant le long de la ligne de touche. »

Le jeune Best arrive à Manchester à l’âge de quinze ans. Vingt-quatre heures après son arrivée, pensant qu’il en avait vu assez, il prend l’avion pour Belfast. Matt Busby le réintègre quinze jours plus tard suite aux excuses de son père. Ses débuts pros sont moins chaotiques. Il joue son premier match en 1963 lors d’une victoire à West Bromwich. Le môme souffre néanmoins du mal du pays, tant et si bien qu’il retourne souvent à Belfast. Il s’y trouve à Noel 1963 lorsque Busby fait appel à lui pour un match le lendemain. Best accepte à une seule condition : qu’il puisse rentrer à Belfast direct après le match. Busby est d’accord. Manchester écrase Burnley et Best y inscrit son premier but.

La grande équipe de United se met en place, emmenée par le trio Charlton-Best-Law. Cinq ans après le « Munich Air Disaster 1958 » (© Morrissey), les Red Devils se remettent à gagner. La Cup 1963 n’est qu’une étape vers d’autres succès à venir. La saison 1964 le confirme, bien qu’aucun titre ne vienne remplir la salle des trophées. En 1965, United remporte le titre, enfin. Les New Busby Babes réitèrent l’exploit deux ans plus tard en 1967, assez facilement, prêt à débuter la saison 1967-68, qui, selon Busby « va être la bonne ! »

United entame la saison dès mai 1967 une série de matchs amicaux, qui les emmène de Los Angeles en Australie, en passant par la Nouvelle-Zélande. Cette tournée est un succès, comme le prouve cette victoire sur le Benfica d’Eusebio 3-1, avant goût de la future finale de Coupe des Champions. United passe facilement les premiers tours européens ; la Valette, Sarajevo et le Gornik Zabrze servent d’échauffement aux Red Devils avant d’affronter le Real Madrid en demi-finale. Bien que vainqueur à l’aller, le rêve semble à nouveau s’envoler lorsqu’ils sont menés 3-1 à Bernabeu. Ils arrachent le match nul in extremis et se qualifient, enfin, pour une finale européenne.

La finale se joue contre Benfica, donc. Jouant leur cinquième finale en huit ans, Benfica est largement favori. C’est pourtant United qui frappe en premier, grâce à Charlton. Graca égalise à dix minutes de la fin, laissant Wembley sans voix. Eusebio est à deux doigts de glaner le trophée à lui seul en cette fin de match, mais Alex Stepney est royal dans les buts. Prolongations. C’est le moment que choisit Best pour envoyer les Reds Devils au paradis. Recevant le ballon dos au but, il dribble son défenseur, fait de même avec le gardien et marque dans le but vide.

« J’ai longtemps rêvé d’un but où, après avoir dribblé le gardien, je me serais agenouillé pour marquer de la tête » dira-t-il plus tard. « Quand j’ai marqué contre Benfica, j’étais à deux doigts de le faire, mais je me suis dégonflé. Le coach aurait eu une attaque ».

Les deux buts suivants son anecdotiques... comme la carrière de Best par la suite. Après son Ballon d’Or, sa carrière est quasi finie. Après quelques années cahin-caha à Manchester, il ira monnayer son talent à Stockport County, Bournemouth, Fulham, Hibernian, Los Angeles Aztecs, Cork Celtic, Fort Lauderdale Strikers, San Jose Earthquakes, Dunstable Town et Brisbane Lions.

Son dernier club à ce jour est... la prison de Ford dans le West Sussex, pour laquelle il jouera un match après une nuit agitée.