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Sir Bobby Charlton
Sir Bobby Charlton
Yann Rush - Article publié le mardi 7 décembre 2004
S’il n’avait été si modeste, Bobby Charlton aurait pu prétendre, à la fin des années 60 être l’Anglais le plus célèbre au monde. Champion d’Angleterre, d’Europe, du Monde, Bobby Charlton a tout gagné et fut un des joueurs les plus respectés de son époque.

On est à la fin des années 60, l’Angleterre est Championne du Monde, Manchester United champion d’Europe. De par le monde, beaucoup d’enfants ne connaissent que deux mots d’anglais, « Bobby » et « Charlton ». Et les raisons de ce succès vont au-delà de ses trophées ou de sa façon de jouer, unique. Charlton est avant tout un gentleman des terrains. Il ne contestait jamais aucune décision arbitrale, se montrait respectueux des adversaires. Il donnait un sens au mot fair-play. Il était, de ce fait, le plus grand ambassadeur Britannique à l’étranger.

Red Devils till I die...

Cissie Milburn a donné naissance au petit Robert (©) en 1937. C’est elle qui a appris à Bobby ainsi qu’à son grand frère Jack à manier la balle de cuir. Il faut dire que son père, ainsi que quatre de ses frères étaient joueurs professionnels, l’un d’entre eux n’est autre que Jackie Milburn, l’attaquant légendaire des Geordies ainsi que la sélection. Si le petit Bobby supporte Newcastle, il vous néanmoins un culte à la star anglaise de l’époque, not yet Sir, Stanley Matthews. « Stan était magique. On aime tous les dribbleurs, et lui était un sorcier du dribble » admit-il un peu plus tard.

Charlton rejoint Manchester en 1953. Il ne partira jamais et joue encore aujourd’hui un rôle dans l’encadrement du club. Il est rapidement intégré aux « Busby Babes », cette équipe composée quasi-exclusivement de jeunes du club, sous la houlette de Matt Busby. A peine a-t-il gagné sa place de titulaire que son destin bascule. On est le 5 février 1958. Manchester vient de se qualifier pour la demie-finale de la Coupe des Champions à Belgrade. Le lendemain, l’avion qui ramène les joueurs de Belgrade fait escale à Munich. Il ne redécollera jamais, pas plus que 21 personnes présentes à bord, dont 7 Busby Babes. Miraculeusement, Charlton s’en sort indemne. Busby survît également.

La vie s’arrête mais le football continue. Busby doit alors reconstruire une équipe entière. « Cela prendra 5 ans » admet-il, se prenant pour Nostradamus. Le timing est parfait. On retrouve les Red Devils, avec Denis Law, en 1963 en finale de la Cup. Victoire 3-1. La saison suivante est mémorable pour 2 raisons. Tout d’abord, contre West Bromwich, le trio ballon doré Law-Charlton-Best débute pour la première fois ensemble. C’est également l’occasion de revoir United en Europe. Cette saison les verra finir runner-up derrière Liverpool. Ils remportent le titre la saison suivante. Bien entendu, d’autres titres allaient suivre... jusqu’au sacre de 1968. 10 ans après Munich, Busby réalise son rêve, bien aidé par Charlton, double-buteur ce soir là : remporter la Coupe des Champions.

Après 751 matchs et 245 buts avec les Red Devils, Charlton se retire en 1973.

Three Lions

Plus encore que ses exploits en club, ce sont ses performances en sélection qui vont le populariser à travers le monde. Partout... sauf peut-être en Ecosse, où il marque lors de première cape devant 134.000 spectateurs médusés. « J’entends encore le son du ballon frapper les filets, dit-il quelques années plus tard. Après, tout ce qu’on pouvait entendre était le silence »

1958, Suède : Quelques mois après la tragédie de Munich, il part en Suède. Trop jeune, trop tôt... Il ne foulera jamais les pelouses suédoises. L’Angleterre est éliminée sans gloire, la faute à 3 matchs nuls consécutifs. Il l’avoue lui-même dans son style franc caractéristique : « Ils m’ont sûrement sélectionné à cause de Munich ! »

1962, Chili : Charlton retrouve la Coupe du Monde, cette fois en que joueur majeur. Les Anglais se qualifient pour les quarts de finales, grâce à une victoire 3-1 sur l’Argentine avec un but de Charlton. En demie, le Brésil de Garrincha, Didi et Amarildo est trop fort pour la jeune sélection anglaise. Next ?

1966, at home : La saison à peine achevée, Charlton rejoint son frère Jack en sélection pour SA Coupe du Monde. L’équipe aux Trois Lions débute par un 0-0 poussif contre l’Uruguay. A vrai dire, force est de constater que la majorité de l’opinion ne pense pas sa sélection capable de remporter le titre. Charlton allait changer la donne en une fraction de secondes, le temps d’un « exquisite goal » contre le Mexique, après une course de 30 yards. « Quand j’ai pris le ballon, je n’avais aucune intention d’aller au bout. Et, de toute façon, je pensais vraiment pas qu’ils me laisseraient avancer de cette façon. J’ai juste frappé et quand le ballon est rentré, je me suis dit : « Ca, c’est un but !!! » » Une victoire contre la France les propulse en ¼ de finales. Si la route est droite jusqu’à la finale, la pente est forte (© Raffarin). Ce sont ensuite les « animaux » argentins que doivent affronter les coéquipiers de Charlton. La victoire 1-0 à l’arrachée leur permet d’affronter le Portugal d’Eusebio. C’est justement contre les Lusitaniens que Charlton fait son meilleur match de la compétition, sans doute le meilleur en sélection. Ses deux buts qualifient l’Angleterre pour la finale.

Son duel avec Beckenbauer reste dans les mémoires. Kaiser Franz avouera un peu plus tard l’unique raison de la victoire anglaise selon lui : « L’Angleterre a gagné parce que Bobby Charlton était meilleur que moi. » Sir Alf Ramsey acquiesce : « Il est l’un des plus grands joueurs que j’ai vu ! »

En plus de la Coupe du Monde, il remporte toute une tripotée de trophées individuels, notamment le Ballon d’Or.

1970, Mexique : Les Brittons retrouvent l’Allemagne en demie-finale pour la revanche. Menant 2-0, l’Angleterre se fait surprendre en fin de match et perd 2-3. Charlton, sorti à 2-0, joue là son dernier match de Coupe du Monde.

Le mot de la fin est pour Matt Busby, de qui Charlton disait qu’il ne s’était « jamais totalement remis de la tragédie de Munich. » : « Il était aussi proche de la perfection en tant que joueur et en tant qu’homme qu’il soit possible de l’être »