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Rest in peace Emlyn
Rest in peace Emlyn
K.Kick - Article publié le mercredi 10 novembre 2004
Le football anglais est à nouveau endeuillé par la disparition de l’une de ses plus belles figures. Emlyn Hughes, joueur mythique du Liverpool des années 60 et 70, est mort mardi, à l’age de 57 ans, emporté par le cancer.

Un sourire est resté gravé à jamais dans la mémoire du Liverpool FC et de ses supporters. Un sourire d’enfant appartenant à un adulte. Ce sourire est celui qu’affichait en permanence Emlyn Hughes, capitaine exemplaire du Liverpool Football Club.

Le Liverpool des années 60/70 a vu passer bien des joueurs de légende. Des Keegan, Toshack, Heighway et Smith, pour ne citer qu’eux. De tous ces hommes qui transportèrent le Liverpool FC sur le toit de l’Angleterre puis sur celui de l’Europe, Emlyn Hughes fut probablement l’un des plus attachants. Sans doute pour son rire communicatif et son allure. Hughes incarnait l’élégance même. Mais aussi pour son dévouement sans limite à son club.

Emlyn Hughes est né en 1947 à Barrow (Cumbria, Nord-Ouest, sur la côte) dans une famille de grands sportifs ; son père, son frère et son oncle étaient rugbymen professionnels, sa tante faisait partie de l’équipe nationale de Hockey sur gazon. Plus malin que les siens, le petit Emlyn choisit le foot. Il se passionne très tôt pour le ballon rond et fait ses classes dans l’équipe de son école avant de rejoindre les rangs du club local. Il est vite repéré par le club de Blackpool, ville située un peu plus au Sud de Barrow, en longeant la côte.

Hiver 1967, Bill Shankly qui cherche alors du sang neuf à injecter dans l’effectif vieillissant de Liverpool, surveille de près les jeunes talents de la région, dont Emlyn Hughes. Le staff des Reds se rend à plusieurs reprises à Bloomfield Road, le stade de Blackpool, pour superviser la star montante des White and Tangerine (Blancs et oranges). Jeune (il a alors 19 ans), fort, dynamique, ses services sont estimés à 25.000 livres, voire plus. Après plusieurs tentatives, c’est finalement pour 65.000 livres que le manager écossais parvient à amener le jeune Emlyn un peu plus au Sud, toujours en longeant la côte. « Il y a des joueurs sur qui les entraîneurs hésitent un peu. Ils sont bons, mais on ne sait pas vraiment si ça va marcher. Avec Emlyn, je savais que je ne prenais aucun risque ». Parole de Shankly.

Le 4 Mars 67, Emlyn Hughes est arrière gauche de l’équipe de Liverpool qui vient à bout de Stoke City, devant 50.000 personnes à Anfield. C’est le premier match d’Emlyn en rouge. 664 autres allaient suivre. Il inscrit son premier but chez les Reds quelques mois plus tard, lors du troisième match de la saison 1967/68 face à Newcastle, toujours à Anfield. Ce jour là, Liverpool atomise les Magpies 6-0 et le but de Hughes passe quelque peu inaperçu aux côtés du triplé de Hateley et du doublé de Hunt. Mais quinze jours plus tard, il rempile et marque l’unique but de la rencontre qui oppose Liverpool à Nottingham Forest.

Joueur complet, polyvalent, Hughes trouve sa place aussi bien au coeur de la défense, qu’au milieu de terrain ou au poste d’arrière gauche. Il est également très présent devant où il distile des centres millimètrés et des passes lumineuses pour ses attaquants. Il lui arrive aussi de décocher des frappes phénomènales. Les tirs de Hughes ont traumatisé bien des gardiens en Angleterre. Très énergique et très rapide, il marque les esprits par ses courses folles de la défense à l’attaque puis de l’attaque à la défense. Sur le terrain, Emlyn est partout. Il galope à la manière d’un infatigable cheval de course. On lui colle le surnom de ’Crazy Horse’.

Hughes symbolise parfaitement l’une des plus belles philosophies de Bill Shankly : chacun doit s’impliquer corps et âme dans le jeu de son équipe, y compris les défenseurs. Surtout les défenseurs. Surtout Hughes. Il se donnait toujours à fond, si bien qu’il devint l’exemple à suivre pour tous ses coéquipiers. Avant de quitter le pouvoir, Shankly fait d’Emlyn le capitaine de l’équipe. Ce dernier prend le brassard de Tommy Smith, joueur avec qui il entretient des rapports parfois tendus. Les deux hommes ne s’entendaient pas vraiment mais avaient cependant une grande estime et un immense respect l’un pour l’autre. Hughes ne rendra son brassard qu’en 1979, avant de rejoindre Wolverhampton.

Les buts doivent venir du bas estimait l’entraîneur écossais, et bien souvent, c’est d’Emlyn qu’ils venaient. En douze années passées à Anfield, Hughes marqua au total 48 buts. A 48 reprises donc, il laissa éclater sa joie comme seul lui pouvait et savait le faire, courant dans tout les sens, bondissant comme un gamin, les bras levés vers le ciel et la bouche grande ouverte. Aussitôt les congratulations terminées, il retournait vers sa défense aussi rapidement qu’il en était venu, au galop, toujours. C’est assurément ce qui lui valut la sympathie des supporters, au même titre que ses quatre buts (dont un doublé mémorable) face aux voisins d’Everton. Bien que n’étant pas natif de Liverpool, il vivait les derbies avec la même passion qu’un véritable Scouser (habitant de Liverpool). En 1977, à la fin du replay de la demi-finale de la Cup opposant les deux clubs de Liverpool à Maine Road (3-0 pour les rouges), Emlyn se retourna vers la caméra et dit « Liverpool are magic, Everton are tragic ».

En finale de la Cup 77, Liverpool s’inclina à Wembley face à Manchester United 2 buts à 1. Une déception que le champion d’Angleterre allait effacer quatre jours plus tard au Stade olympique de Rome en battant le Borussia Moenchengladbach 3-1 en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, l’équipe même contre laquelle Liverpool décrocha sa première coupe Uefa en 1973. Capitaine Hughes souleva la coupe par ses grandes oreilles et l’offrait pour la toute la première fois au peuple rouge. Il récidivait un an plus tard, cette fois à Wembley, contre Bruges (1-0), l’équipe même contre laquelle Liverpool remporta sa deuxième coupe Uefa en 1976. Décidément.

Ses succès chez les Reds lui valent de nombreuses sélections en Equipe nationale. Une soixantaine de caps sont à mettre à son actif (dont 23 en tant que capitaine). Mais Emlyn a le malheur de faire partie de l’équipe que toute l’Angleterre veut oublier, celle qui manqua la qualification pour la Coupe du Monde 1974.

Après une carrière en rouge bien remplie (665 matchs, 48 buts, quatre titres de champion d’Angleterre, deux C1, deux C3, une Cup), le Cheval fou s’en alla terminer sa carrière chez Loups de Wolverhampton avec qui il remporta le seul trophée qui manquait à sa collection, la League Cup. Il entraîna Rotherham, Hull, Mansfield et Swansea en espérant un jour atterrir sur le banc d’Anfield. Finalement, il tira un trait sur le métier d’entraîneur pour s’investir dans des œuvres caritatives. Il s’essaya également à la télé en devenant capitaine d’équipe dans le célèbre jeu « A Question of Sport » sur la BBC.

Gravement atteint par une tumeur du cerveau, Emlyn Hughes a combattu la maladie pendant près d’un an et demi. Même malade, il avait gardé son sourire d’enfant. Jusqu’à son retrait de la vie publique en Septembre dernier, il affichait encore sa joie de vivre légendaire. Il s’est éteint le 9 novembre, à Sheffield.

Aujourd’hui, Liverpool pleure l’un de ses plus valeureux serviteurs, mais aussi son plus beau sourire.