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Dixie Dean, l’homme de fer
Dixie Dean, l’homme de fer
Richard N. - Article publié le mardi 12 octobre 2004
De toutes les images qui nous hantent en évoquant le foot anglais, l’une des plus coriaces est celle de l’avant-centre costaud, doté d’une détente phénoménale et d’un coup de boule qui fait mouche une fois sur deux. Ce cliché doit beaucoup à Dixie Dean, avant-centre d’Everton de l’entre-deux guerre.

William Ralph Dean, alias Dixie, est un enfant de la Mersey. Il est né, en 1907, du coté de Birkenhead, banlieue nord de Liverpool. Il débute sa carrière au club le plus proche, Tranmere Rovers, un club liverpuldien de troisième division. Il ne tarde pas à se faire remarquer par les clubs de l’élite et pour cause, les chiffres parlent pour lui. Dixie Dean plante quasiment un but par match, le plus souvent de la tête.

Everton parvient à arracher le phénomène en 1925, contre quelques trois milles livres. Il n’a que dix-huit ans, et l’entraîneur préfère d’abord l’aligner en équipe réserve Dès son premier match, il inscrit... sept buts. Autant dire qu’il gagne aussitôt sa place en première division. Pour sa première saison parmi l’élite, en 1925-26, Dean ne marque pas moins de trente-deux buts.

Doté d’une frappe puissante des deux pieds, d’une détente et d’un timing prodigieux, Dean devient une véritable machine à marquer. Dans les treize années d’une carrière entièrement vouée aux Blues, il inscrit 379 buts pour 431 rencontres. Et encore, on ne se réfère qu’aux stats de la première division anglaise...

Raconter Dixie Dean aurait pu se résumer à une série de chiffres parfois hallucinants s’il n’y avait eu, en 1926, cet accident de moto dont il sortira miraculeusement vivant. Pour ce pantin désarticulé que l’on amène à l’hôpital de Liverpool, le diagnostic des médecins ne fait aucun doute : Sa carrière de footballeur est terminée. Il a dix-neuf ans.

Dean subit plusieurs interventions chirurgicales. Les médecins parviennent à le rétablir et fixent notamment sa mâchoire avec une plaque de métal. Le travail des médecins ajouté à l’exceptionelle volonté du joueur font que, quatre mois après son accident, Dixie Dean foule à nouveau la pelouse à Goodison Park. Et pour bien marquer les esprits, il plante le but de la victoire d’Everton, lequel n’en n’avait plus connu depuis une douzaine de journées.

La plaque qui tient sa mâchoire et sa volonté de fer lui valent rapidement un surnom : « L’homme de Fer ». Certains soupçonnent même les médecins de lui avoir remodelé le crâne avec de l’acier trempé tant ses coups de tête sont dévastateurs.

L’idole de Goodison Park est sélectionnée pour la première fois dans le onze anglais, le 12 février 1927, pour une confrontation à Wrexham face au Pays de Galles. Score final 3-3, Dean marque deux fois. En seize sélections avec l’équipe d’Angleterre, il inscrira dix-huit buts. Belle moyenne.

En 1927-28, Everton décroche son troisième titre de champion d’Angleterre. Dean termine meilleur buteur du championnat avec, accrochez-vous : soixante buts. Ajoutez-y ceux qu’il a inscrit en Coupes d’Angleterre et de la League, ainsi qu’en équipe nationale, et l’on atteint le chiffre hallucinant de cent buts en une saison.

Assez curieusement, les Blues ratent complètement leur saison 1929-30 et sont relégués en deuxième division. Un court passage le temps de se refaire une santé. Dean et Everton obtiennent un nouveau titre en 1932 puis remportent la Cup en 1933 (3-0 contre Manchester City). Dixie Dean poursuit son œuvre à coups de boules imparables. Il est le cauchemar toutes les défenses du royaume.

La légende rapporte qu’un jour, Dixie Dean croisa dans Lime Street le dénommé Elisha Scott, autre légende locale mais gardien de but du club d’en face, le Liverpool FC. Les deux hommes auraient pu se saluer comme tous gentlemen qui se respectent, mais ce fut plus fort qu’eux : Une boite de conserve trainait là. Dean la botta avec force, et Scott plongea sur le bitume pour s’en emparer...

En 1938, Dean a trente et un ans, des rouages qui grincent et un fighting spirit émoussé. Il refuse d’exposer son déclin aux fans d’Everton et va finir sa carrière à Notts County, en troisième division. Il reviendra à Liverpool pour y ouvrir un pub et suivre les performances de ses successeurs à Goodison Park. Suite à une thrombose en 1976, il est amputé d’une jambe.

Le 1er mars 1980, c’est le derby Everton-Liverpool, un match que Dean, même à soixante-treize ans, ne raterait pour rien au monde. Peu avant la rencontre, il est victime d’un malaise dont il ne se relèvera pas. Dixie Dean est mort dans le théatre des ses exploits. Et Everton a perdu le derby. Sale journée pour les Blues...