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L’homme qui a fait Arsenal (et plus encore...)
L’homme qui a fait Arsenal (et plus encore...)
Richard N. - Article publié le mercredi 6 octobre 2004
Herbert Chapman, manager du grand Arsenal des années trente, a tout inventé, ou presque. La tactique et le tableau noir, c’est lui. Le staff technique et la formation des jeunes, c’est lui. Les crampons en caoutchouc, le numéro dans le dos, les matches en nocturne, les retransmissions, le merchandising, c’est encore lui.

A Londres, la station de métro qui dessert le stade de Highbury s’appelle « Arsenal ». Ni Chelsea, ni Tottenham, ni aucun autre club de Londres n’a obtenu un tel privilège auprès du London Electric Railway, la très conservatrice société du métro londonnien. C’est dire l’opiniâtreté de l’homme qui est parvenu, en 1932, à faire rebaptiser du nom de son club la station Gillepsie Road.

Cet homme, c’est Herbert Chapman. Le nom de cet écossais pur malt est évoqué aujourd’hui encore par les fans des Gunners sur un ton grave teinté de respect. Chapman, c’est l’homme qui a fait Arsenal. Mieux encore, c’est l’homme sans qui le football ne serait peut-être pas devenu ce qu’il est aujourd’hui.

Nous sommes en 1925. L’International Board vient de définir une loi du jeu qui va considérablement modifier la pratique du football : le hors-jeu. Au même moment, Arsenal FC réalise un joli coup en engageant comme manager général celui qui a fait de Huddersfield Town FC un double champion d’Angleterre (1924 et 1925).

Chapman devient rapidement une figure du football londonien. De savoureuses anecdotes dressent la légende du personnage. Le jour d’une finale de la Cup que doit disputer son équipe, le car de l’équipe est bloqué dans les embouteillages. Fou furieux, l’Ecossais ordonne au chauffeur de rouler à droite pour dépasser le flot de voitures en route pour Wembley. Une infraction tellement « shocking » qu’elle fera la une du Times dès le lendemain.

Autre coup resté célèbre, lors d’un match décisif du championnat d’Angleterre, alors qu’Arsenal est mené 1-0, l’Ecossais profite d’un coup franc en faveur des Gunners pour pénétrer sur la pelouse. Il recule le ballon de dix bons mètres, sous l’?il de l’arbitre qui apprécie ce qu’il croit être un geste de fair-play. En vérité, Chapman s’est emparé du ballon pour signifier à son capitaine comment replacer ses coéquipiers. Arsenal l’emportera finalement 2-1.

Et si l’épisode de la station de métro démontre l’influence du bonhomme au-delà du football, que dire de ce tour de force qu’il réalise en décembre 1932 : Faire inaugurer une nouvelle tribune par le Prince de Galles ! Mais la légende de Chapman ne saurait se contenter de ces croustillants épisodes. Chapman est avant tout le premier tacticien de l’histoire.

A une époque où le football professionnel se joue encore comme dans une cour de récré, Chapman instaure à ses Gunners une notion peu usitée à l’époque, la tactique. La nouvelle loi du hors-jeu fragilise les défenses qui ne sont alors constituées que de deux hommes. En début de saison 1925-26, Arsenal se prend une jolie raclée (7-0) à Newcastle, ce qui convainc définitivement notre homme qu’un troisième larron ne serait pas de trop dans l’arrière garde. Mais cette modification entraîne un rééquilibrage de l’équipe. Il faut donc placer deux demis (on ne dit pas encore milieux récupérateurs), deux inters et trois attaquants. Cette disposition connaîtra la gloire sous le nom de WM, et Chapman en revendiquera la paternité... bien que de nombreux historiens estiment que l’écossais Hunter avait eu l’idée avant lui.

Fier de son idée, Chapman poursuit ses recherches tactiques en instaurant, chaque vendredi après-midi, une séance de tableau noir avec ses joueurs. Bien que réputé comme atteint d’une certaine mégalomanie, l’Ecossais ne dédaigne pas prendre l’avis de ses joueurs dans sa réflexion. La réussite tactique d’Arsenal doit grandement aux fréquents échanges d’opinion entre Chapman et ses hommes, parmi lesquels l’influent capitaine Charlie Buchan, ainsi que Tom Whittaker, ancien joueur du club et kinésithérapeute, chargé des entraînements et de la préparation physique. Car Chapman a aussi inventé la notion de staff technique.

Sous l’impulsion de son nouveau manager, Arsenal va remporter ses premiers titres, la Cup tout d’abord en 1930 puis trois championnats consécutifs (1931, 1932 et 1933). Dans les années trente, Arsenal devient le meilleur club d’Angleterre et donc, vu l’époque, du monde. Chapman est l’un des premiers entraîneurs à déclarer qu’une bonne équipe se doit d’avoir avant tout une bonne défense. Bien avant Helenio Herrera, on reprochera à Chapman d?avoir rendu le football trop scientifique, trop défensif et donc un peu ennuyeux. « Boring, Boring Arsenal », déjà !

Chapman n’est pas seulement l’inventeur auto-proclamé d’une nouvelle tactique. Son esprit vif et novateur, son imagination débordante et une rare ouverture d’esprit n’auraient pu se contenter de s’exprimer sur le seul carré vert. On ne parle pas encore de merchandising à l’époque, et pourtant, Chapman se montre déjà très soucieux de l’image de son club. Le maillot par exemple : Les Gunners jouent alors en rouge uni, ce que Chapman trouve trop commun : la moitié des clubs d’Angleterre portent les mêmes couleurs. Il décide alors de distinguer ce maillot trop rouge en faisant blanchir les manches : Naissance d’un maillot de légende.

Chapman est également soucieux du confort des spectateurs qui viennent encourager Arsenal. En 1926, il fait poser un toit sur la tribune principale de Highbury pour les protéger de la pluie. Puis il fait inscrire un numéro au dos de chaque joueur afin que le public puisse rapidement les identifier.

L’image d’Arsenal doit s’exporter au delà des Iles Britaniques. Contrairement à ses concitoyens, Chapman n’ignore pas que le football existe au-delà de la Manche. Arsenal est ainsi, en 1925, le premier club anglais à accueillir une équipe étrangère, l’équipe nationale de Belgique. Plus tard, le club londonnien se fera connaître partout en Europe au gré de tournées aussi lucratives que populaires.

Fourmillant d’idée en tout genre, Chapman songe également au potentiel médiatique du football. En 1927, il demande à un reporter de la BBC de commenter en direct le match Arsenal-Sheffield. Drôle d’idée, pense-t-on.

Herbert Chapman est mort brutalement en 1934 d’une embolie pulmonaire. Il a cinquante-six ans et encore plein d’idées à apporter au football : La télévision, les matches en nocturne, les crampons en caoutchouc, la formation des jeunes...

En 1937, trois ans après la mort de Chapman, c’est presque naturellement à Highbury que se déroulera la première retransmission télévisée d’une rencontre de football, en l’occurrence celle d’Arsenal contre son équipe réserve. En 1951, le premier match en nocturne, sous éclairage artificiel, Arsenal-Tel Aviv, aura également lieu à Highbury... Et l’un des premiers films de cinéma liés au football fut réalisé en 1939 par Thorold Dickinson et s’appellait "The Arsenal Stadium mystery". Highbury a gardé l’esprit novateur de celui dont le buste trône aujourd’hui à l’entrée du stade.