archives kick'n'rush
TELEGRAPH . FIGURES . HISTORY . FICHES CLUB

I’m a man you don’t meet everyday
I’m a man you don’t meet everyday
Yann Rush et K.Kick - Article publié le mercredi 4 août 2004
Justin Fashanu fut le premier footballeur noir transféré pour un montant supérieur à un million de livres. Il fut également le seul joueur à ce jour à avoir publiquement fait son coming-out. Portrait.

Août 1981, Nottingham Forest, vainqueur du championnat trois ans plus tôt et de deux Coupes d’Europe dans la foulée (1979 et 1980), vient de réussir un joli coup : s’attacher les services de l’un des joueurs les plus talentueux de sa génération : Justin Fashanu. Montant du transfert : un million de livres. Alors un record pour un joueur noir.

Justin n’a que dix-neuf ans quand il signe à Nottingham Forest. On attend beaucoup de cet attaquant très prometteur, auteur de quarante buts en deux saisons avec Norwich, son club formateur. Qu’il marque des buts, beaucoup de buts, autant qu’avec les Canaris. Cela va de soi. Mais aussi qu’il devienne un porte parole de la communauté noire, lui, fils d’avocat nigérian. Comme de nombreux joueurs noirs à cette époque, Justin souffre du racisme, notamment de la part des supporters de l’équipe adverse qui lui jettent des bananes et l’accueillent régulièrement en imitant le bruit du singe.

A ce moment-là, Justin n’a pas encore fait son coming-out. Il lui est difficile de vivre pleinement sa sexualité dans le milieu macho du football. D’autant plus que la presse de caniveau guette de très près la vie des stars du ballon rond.

« Une sacrée tapette. » C’est ainsi que Brian Clough, l’entraîneur de Forest de l’époque, parlait à la presse de son nouveau joueur. Peu après son arrivée à Nottingham, les rumeurs fusent : Fashanu fréquenterait les bars gays de la ville. Clough ne manque pas de l’humilier : « Tu vas où si tu veux du pain ? Chez un boulanger, probablement. Et si tu veux une côte d’agneau ? Chez le boucher ! Alors pourquoi tu vas dans ces clubs de tapettes ? » Ambiance.

Les performances de Fashanu souffrent de cette atmosphère délétère. Et malheureusement, les relations avec Clough iront de mal en pis. Mal dans sa peau, il se tourne un temps vers la religion. Devenu "Born Again Christian", son mal-être reprend face à l’impossibilité de conjuguer homosexualité et religion catholique.

Sa carrière professionnelle n’est pas plus stable. Après seulement trois buts en trente-deux matches avec Forest, il rejoint Southampton en prêt, marque trois buts en neuf matches avant de signer pour Notts County. Il y inscrit vingt buts en soixante-quatre matches. A peine a-t-il signé à Brighton en 1985 qu’il se blesse au genou. Du lourd : trois ans de quasi-indisponibilité.

Il part alors pour l’Amérique, là où se trouve les meilleurs spécialistes du genou de footballeur. Justin s’y plaît et envisage même de s’y établir pour de bon. Mais il finit par revenir au pays en 1988. Triste retour : plus personne ne veut de lui. Aucun club ne veut parier sur ce joueur, malgré de nombreuses périodes d’essai à Manchester City, West Ham, Ipswich, Leyton Orient et Newcastle. Il pige même pour des clubs amateurs (Southall et Leatherhead). Il posera finalement ses valises à Torquay, en 1991.

Fashanu fit son coming-out en 1990, dans les Tabloïds. « I’M GAY » titra alors en gras et une le journal The News of the World. Il reste à ce jour le seul footballeur professionnel à l’avoir fait. Parmi la dizaine de footballeurs homosexuels ou bisexuels de cette époque (dixit Peter Thatchell, politicien et ami du joueur), aucun n’a suivi son exemple. Cet acte fut fortement condamné par la communauté noire, via l’hebdomadaire The Voice, mais aussi par son propre frère John, également footballeur professionnel, qui déclarera peu de temps après : « Mon frère est un paria »

Justin ne se remit jamais totalement des paroles de son frère. En 1998, Justin s’était lancé dans une carrière de coach, entraînant l’équipe de Maryland Mania. Il y « était heureux » selon le président du club, AJ Ali. En avril, un adolescent de dix-sept ans porta plainte contre Fashanu pour agression sexuelles. Le 3 mai, Justin fut retrouvé pendu. Il allait s’avérer par la suite que l’accusation était purement et simplement du chantage. Trop tard...

Justin avait fui cette vie qui n’avait été que rejet. De la part de ses parents, qui l’avaient abandonné étant jeune, de la part de son coach Brian Clough, de la part de l’Eglise dans laquelle il avait retrouvé une certaine stabilité, de la part de la communauté noire et, enfin, de la part de son frère.

Il y a quelques temps, une rumeur à propos des préférences sexuelles de Sol Campbell s’est répandue dans la presse britannique. Le défenseur d’Arsenal avait mis les choses au clair en déclarant que, si cette histoire ne le dérangeait pas lui-même, c’était une « insulte à sa famille. » Les mentalités ne sont pas prêtes de changer...