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L’internarsenalisation en marche
L’internarsenalisation en marche
Yann Rush + Richard N. - Article publié le mardi 30 août 2005
On ne compte plus les joueurs étrangers qui évoluent désormais en Premier League, ainsi qu’en Ecosse. Longtemps chasse gardée des natifs du Royaume, le foot britannique brille aujourd’hui par la multitude de nationalités représentées sur ses pelouses.

Le 13 février 2005 à Highbury, Arsenal écrase (5-1) Crystal Palace. Plus que le score, c’est la composition d’équipe des Gunners qui retient l’attention : Lehmann - Lauren, Touré, Cygan, Clichy - Pires, Vieira, Edu, Reyes - Bergkamp, Henry. Cinq Français plus un Allemand, un Camerounais, un Ivoirien, un Brésilien, un Espagnol et un Néerlandais. Aucun Anglais, ni Ecossais, ni même Gallois ou Irlandais. Ce n’est pas une première en Angleterre. Le Chelsea de l’époque Vialli, en 1998, avait déjà aligné un onze de départ sans le moindre joueur britannique. Mais Arsenal a fait plus fort puisque même le banc de touche ne compte le moindre sujet de sa Majesté : Deux Espagnols (Fabregas et Alumnia), un Français (Flamini), un Néerlandais (Van Persie) et un Suisse (Senderos). Même l’entraîneur n’est pas anglais, puisqu’il s’agit d’Arsène Wenger. Celui-ci ne pouvait compter sur ses deux seuls anglais titulaires en puissance, Sol Campbell et Ashley Cole, tous deux blessés. A la remarque d’un journaliste lors du point presse d’après match, le technicien français déclarera qu’il ne s’était "même pas rendu compte" qu’il n’avait sélectionné aucun britannique et ajoutera : "Je compose mes équipes en fonction de la forme et du talent des joueurs à ma disposition. Je ne regarde pas leur passeport". Ce qui en pleine période de Stand Up Speak Up était plutôt bien amené.

Six mois plus tard, à l’aube de la saison 2005-2006 ont débarqué des ressortissant de Corée du Sud, du Qatar et du Sultanat d’Oman, portant à 64 le nombre de nationalités représentées en Premier League. Le pourcentage de joueurs anglais dépasse aujourd’hui à peine les quarante pour cent. Il n’atteint pas les cinquante en ajoutant les autres Britanniques, et il faut le renfort des Irlandais (indépendants certes, mais depuis toujours présents en Premier League) pour atteindre la majorité absolue. [1]

Ces chiffres sont à peu près les mêmes dans la plupart des gros championnats européens, mais il se révèle beaucoup plus spectaculaire en Angleterre, dont le football est longtemps demeuré hermétique à la main d’œuvre étrangère. Moins par nationalisme que par suffisance, les clubs anglais avaient pour seuls "étrangers" des joueurs d’Ecosse, du Pays de Galles et des deux Irlande. En cherchant bien, on pouvait également trouver des Scandinaves et quelques curiosités exotiques issues des pays du CommonWealth (Australie, Afrique du Sud, Jamaïque...). Dans les années 1970-1980, la domination des clubs anglais sur les Coupes européennes était expliquée par ce privilège d’aligner des joueurs rompus aux joutes internationales, puisque ceux-ci, s’ils n’étaient pas sélectionnés avec l’Angleterre, pouvaient l’être dans les autres sélections britanniques ou Irlandaises. Ce n’est qu’à la fin des années 1980 que l’UEFA imposa une limitation à trois non-sélectionnables par équipe, une règle déjà en vigueur dans de nombreux championnats. Mais celle-ci, on le sait, vola en éclat en décembre 1995 suite à l’arrêt Bosman.

Aujourd’hui, à quelques subtilités près, n’importe quel footballeur professionnel peut exercer son métier dans n’importe quel pays. Mais l’arrêt Bosman n’est pas la seule explication à l’afflux d’étrangers en Premier League. Bien avant la révolution, certains clubs s’étaient risqués à embaucher des joueurs d’autres horizons. Tottenham Hotspur se souvient avec émotion des deux Argentins recrutés en 1978, Ricardo Villa et Osvaldo Ardiles. Par la suite, ce fut l’ouragan Cantona, véritable élément déclencheur de cette mode du joueur étranger. Les scouts britanniques se mirent alors à scruter l’Europe, puis le monde, afin de renforcer leur équipe. Et ce ne sont pas seulement des stars qui débarquèrent sur l’Ile, mais également ce qu’on appelle des "joueurs de clubs". Arsène Wenger avait lui-même fait remarquer qu’à niveau égal, il lui était plus facile d’acheter un joueur à l’étranger car les indemnités de transferts entre clubs britanniques sont exagérément élevées.

S’ils coûtent donc moins chers, les joueurs d’Europe et d’ailleurs apportent également un peu de rigueur et de technicité dans un football très physique, mais parfois en manque d’inspiration [2] Le phénomène ne se limite pas aux joueurs. La réussite d’Arsène Wenger a élargit l’horizon du recrutement des techniciens. Les clubs les plus en vue d’Angleterre sont aujourd’hui dirigés par des managers étrangers, de même que la sélection nationale. On serait même tenté d’ajouter la présence de plus en plus remarquées d’investisseurs russes ou américains à la tête des clubs, mais là c’est une autre histoire.

Aujourd’hui, une équipe façon Norwich 2004-2005, dont le onze de départ était 95% pur british, est devenu une exception. La moitié des effectifs des clubs anglais est désormais composée de joueurs d’autres horizons. Les top-teams comme Chelsea, Manchester et, comme évoqué plus haut, Arsenal, n’alignent régulièrement pas plus de quatre anglais dans leur onze de départ. Ce phénomène peut être inquiétant pour qui s’intéresse au devenir de la sélection nationale. Sven Goran Eriksson ne s’est jamais publiquement exprimé sur la question (et pour cause, n’est-il pas étranger lui aussi ?), mais son travail de sélectionneur devient de plus en plus compliqué lorsque par exemple, seulement trois gardiens sélectionnables évoluent régulièrement en Premier League. Et que dire de la tâche du sélectionneur écossais, qui a un mal fou à composer un onze d’envergure. Non seulement les joueurs locaux sont barrés par les mercenaires, mais ils ne trouvent plus, comme naguère, place au sein des clubs anglais.

La sélection nationale n’est pas le souci majeur des supporters anglais. Le club passe avant tout, et si les joueurs étrangers sont meilleurs que les locaux, que l’on mette les meilleurs. A moins donc d’un coup de Trafalgar économique ou d’un peu probable réajustement de l’arrêt Bosman, la tendance n’est pas prête de s’inverser.

[1] Puisque vous aimez les chiffres, sachez qu’au moment où est rédigé cet article, le contingent le plus représenté en Premier League (hors britanniques et irlandais) est la France (32 joueurs), largement devant les Pays Bas (17), l’Espagne (16), le Danemark (15) et l’Australie (12).

[2] voir notre article Spanish Fever.

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